Lacan Today: Psychoanalysis, Science, Religion

New York: Other Press, LLC, December 2004, 180 p.

 

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Quatrième de couverture

Lacan Today: Psychoanalysis, Science, Religion offers a lucid overview of the French psychoanalyst's work. In five sections-"The Structure of the Subject," "Epistemology," "Four Discourses," "There is No Sexual Rapport," and "God is Real,"-the book maps out Lacan's thought for the lay reader with unmatched clarity. It does this by building from Lacan's graph and formulas, which are often misunderstood. This formalization acts as a pedagogical tool of wonderful economy, offering a broad overview without neglecting the essential details. The chapters are summarized by a general graph that visually demonstrates Lacan's rigor and coherence.

The book examines often-neglected aspects of Lacan's work, like problems in the history of science, epistemology, and religion, in order to show Lacan's relevance to today's world. It makes the case for Lacan as one of the most important thinkers of the twentieth century, whose reach extends beyond the discipline of psychoanalysis. Indeed, Lacan's thought should lead readers into a reexamination of philosophy, literature, art, politics, economy, and desire.

In his introduction, Alexandre Leupin writes: "If the unconscious exists, then Lacan is the only twentieth-century thinker who has drawn the consequences of Freud's discovery to their ultimate limits. I propose here what some will take as bombastic hyperbole: Lacan's radical reevaluation of human thinking is comparable to Einstein's."

Though Lacan's thought is making tremendous inroads in countries of Latin culture, it has been slowly fading from public awareness in the English-speaking world. Often Lacan has been nothing more than a pawn in the bundling of contradictory doctrines labeled as "French thought"; or he has been reduced to a means of exchange between psychoanalysts or specialists in the humanities. Leupin's contention is that what Lacan said or wrote is of interest to the general public and that his consignment to oblivion is reversible. This book demonstrates that Lacan's thinking has vast implications, not only for college professors or practicing psychoanalysts, but also for scientists, epistemologists, and every man and woman.

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La psychanalyse est-elle une science ?

*Michel Herland est Professeur d'Economie à l'Université Antilles-Guyane

Lacan Today Book Review 24/06/051

 

Vous n’êtes pas forcés de comprendre (mes écrits). Si vous ne les comprenez pas, tant mieux, ça vous donnera justement l’occasion de les expliquer.2

Ce que d’écrit j’ai plus que je n’écrois.3

Avant d’ouvrir le livre : contempler la photo de couverture. La façade d’un immeuble américain du début du siècle dernier, avec les échelles de secours métalliques presque verticales qui s’engrainent les unes au-dessus des autres. On n’en voit ni le commencement ni la fin. Autant dire que l’ascension sera longue. Et de fait nul ne saurait espérer pénétrer sans difficulté les arcanes du lacanisme. Chez Lacan (1901-1981), le goût pour un certain hermétisme caractéristique des grands intellectuels français de sa génération est d’autant plus marqué qu’il s’est exprimé plus souvent dans des discours à demi improvisés (dans le cadre des fameux « séminaires ») que par la plume et qu’il se présentait lui-même comme le « Gongora de la psychanalyse », par référence à un poète espagnol du XVIIe siècle, champion du maniérisme. Au demeurant, on peut se demander si une science (si science il y a – cf. infra) de l’inconscient n’est pas de toute façon condamnée à l’obscurité. A en croire Lacan, faute de pouvoir vraiment appréhender le réel, le chercheur se heurte à des signifiants qui ne rendent jamais exactement compte de leurs signifiés respectifs. Car le réel ne surgit que masqué, à travers des faux-semblants, avant de disparaître aussitôt.

Lire Lacan est donc une aventure hardie, presque impossible (« Mes Ecrits4… je pensais qu’ils n’étaient pas à lire »5) et pourtant incontournable pour qui veut tenter de comprendre l’humain. Certes Freud nous a déjà beaucoup appris, mais il était celui qui commençait à défricher une forêt jusqu’alors totalement impénétrable. Depuis, un siècle a passé au cours duquel sa pensée a été digérée puis critiquée et complétée par des épigones parmi lesquels Lacan est incontestablement le plus fulgurant, le plus génial, et aussi hélas le plus ésotérique. Qui plus est, Lacan étant lui-même un découvreur, ses travaux traduisent les étapes d’une recherche tâtonnante, tant au niveau de la méthode que des résultats. D’où la nécessité pour qui aborde pour la première fois cette pensée foisonnante et qui se contredit souvent elle-même de passer par un interprète. Le livre examiné ici a la particularité de traduire le lacan en anglais. Et de fait, rédigé par un professeur de littérature française à l’Université de Louisiane à Bâton-Rouge, il est destiné à devenir d’abord une introduction à l’œuvre lacanienne pour les étudiants américains. Mais le lecteur francophone qui connaît un peu d’anglais peut lui aussi tirer un grand profit de ce travail, car la proximité du lacan avec le français, loin de faciliter la compréhension des ouvrages consacrés au fondateur de la « Cause freudienne » en langue française, la compliquerait plutôt. Quand Lacan écrit « le réel est impossible » ou « il n’y a pas de rapport sexuel », le lecteur est tenté de deviner quelque chose derrière ces paradoxes puisque tous les mots lui sont familiers. Or les « paradoxes » lacaniens traduisent souvent simplement un usage… paradoxal du français. « Impossible » ici veut plutôt dire, dans la lignée de Freud, « inconnaissable » (unerkennbar) et quant à l’inexistence du rapport sexuel, elle renvoie à l’idée (freudienne) de la castration, mais aussi à l’incommunicabilité foncière entre les sujets6, au fait que chaque partenaire, dans l’acte sexuel, reste enfermé dans une tentative (vaine) d’affirmer sa propre sexualité comme distincte de celle de l’autre7 ou encore, plus énigmatiquement, à l’affirmation maintes fois répétée suivant laquelle « il n’y a pas d’écriture possible du rapport sexuel »8.

On l’aura compris, exposer la pensée de Lacan en quelque 150 pages est une gageure. Leupin se tire de l’exercice magistralement. Sa méthode consiste à affiner progressivement la compréhension des principaux énoncés lacaniens au fur et à mesure qu’il avance dans les exposés successifs de Lacan, sans chercher à cacher les ruptures lorsqu’elles existent. Par exemple la fameuse trinité du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire (RSI) introduite une première fois (p. 12), qui est constitutive du sujet tout autant qu’elle encadre ses rapports avec ce qui lui est extérieur, ressurgira quelques pages plus loin dans une nouvelle configuration, quaternaire celle-là, qui ajoute aux trois premiers termes le symptôme qui les fait tenir ensemble (p. 29). Mais le symptôme, c’est aussi le sinthome, donc le saint-homme, dont Joyce est l’archétype tout au long du Séminaire XXIII (1975-1976) qui vient enfin d’être publié. S’il faut en croire Lacan, à ce stade quasi-ultime de sa pensée, l’exemple de Joyce apporte la preuve que l’on peut, par le génie créatif, se libérer de l’emprise des « noms du père » sans tomber dans la psychose (« les non dupes errent »). A cet égard, lire Leupin (p. 75) confirme la justesse de la remarque faite comme en passant au fil du discours, dans Encore encore : « Ce qu’il y a de bien, n’est-ce pas, dans ce que je raconte, c’est que c’est toujours la même chose ». En effet le message du Séminaire XXIII était déjà plus qu’en germe, dix ans plus tôt, dans les Ecrits.

Il n’est évidemment pas question, dans le cadre d’un bref compte-rendu, de présenter un résumé quelque peu exhaustif de l’apport de Lacan à notre compréhension de l’inconscient. Juste de donner un avant goût de ce que l’on trouvera à la lecture de l’étude passionnante de Leupin. S’il fallait contester quelque chose (critique oblige), on pourrait peut-être reprocher à l’auteur une inclination scientiste, plutôt surprenante chez un littéraire. Il est vrai que Lacan a enrobé son discours d’oripeaux savants empruntés ici ou là : structuralismes de diverses tendances, en particulier la linguistique saussurienne (d’où la formule la plus rabâchée de Lacan : « l’inconscient est structuré comme un langage »), formules pseudo-mathématiques (baptisées « mathèmes »), logique frégéenne, graphes, figures topologiques. Cela ne suffit évidemment pas à faire une science. Leupin en est parfaitement conscient, lui qui rappelle le critère popperien de la démarche scientifique (produire des énoncés réfutables) et la conclusion qui en découle immédiatement suivant Popper : la psychanalyse n’est pas une science (p. 62-63). Leupin cependant défend la scientificité du lacanisme en opposant la pratique analytique, celle de la cure, qui serait hors du domaine de la science à la théorie psychanalytique qui en ferait partie (p. 100). Il n’est pas certain que Lacan, en dépit de certaines rodomontades9, eût été aussi catégorique. En effet toute son œuvre est comme traversée par une inquiétude existentielle à cet égard. Quel est le statut de ce qu’il dit ? Non pas « qui parle ? » où « d’où je parle ? » mais plus prosaïquement « qu’est-ce que je suis en train de dire ? », « qu’elle est la portée de tout cela ? ». Questions d’autant plus légitimes si l’on veut bien se rappeler que pour un analyste, fondamentalement, c’est l’inconscient qui parle. Cette interrogation de Lacan est particulièrement sensible dans le Séminaire XI, celui justement qui marque une rupture importante puisque c’est le premier qui – suite à l’expulsion des lacaniens de l’Association psychanalytique internationale et la création de l’Ecole freudienne de Paris – se déroule à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, devant un public élargi.

Dès l’introduction de ce séminaire, Lacan montre qu’il n’est pas dupe de son formalisme (« une fausse science, comme un vraie, peut être mise en formules ») et admet que le statut scientifique de la psychanalyse est pour le moins « problématique »10. Revenant sur cette même question à la fin du séminaire, il reconnaît que « l’analyse pourrait tomber sous le coup d’une classification qui la mettrait au rang de quelque chose dont ses formes et son histoire évoquent si souvent l’analogie – à savoir une Eglise, et donc une religion » (p. 295). S’il conclut là-dessus, sans surprise, que l’analyse n’est pas une religion, il ne va pas au-delà de l’affirmation (bien modeste) qu’elle « procède du même statut que La science ». Et ce qui suit quelques lignes plus loin est terrible : « Elle (l’analyse) se distingue par cet extraordinaire pouvoir d’errance et de confusion, qui fait de sa littérature quelque chose auquel je vous assure qu’il faudra bien peu de recul pour qu’on la fasse rentrer, tout entière, dans la rubrique de ce qu’on appelle les fous littéraires » (p. 296). Il s’agit bien de la littérature psychanalytique, donc de la théorie et pas de la cure. Il ne faut sans doute pas accorder à ces propos désenchantés une importance démesurée, ce d’autant que Lacan considérait peut-être que sa propre production n’était pas concernée par ce jugement ; néanmoins il a bien écrit « la littérature (psychanalytique) tout entière ». Quoi qu’il en soit, le fait incontestable que la théorie psychanalytique ne soit pas une science stricto sensu ne suffit évidemment pas à la disqualifier. Les économistes en savent quelque chose, eux qui sont contraints de construire un savoir portant sur une réalité sans cesse en mouvement, qui ne remplit en aucune manière les conditions d’une science expérimentale. Cela n’empêche que notre compréhension des phénomènes économiques progresse au fil du temps. Il en va exactement de même pour la connaissance de l’inconscient.

 

Michel Herland

 

1 Alexandre Leupin : Lacan Today – Psychoanalysis, Science, Religion, New York, Other Press, 2004, 150 pages.

2 Jacques Lacan, Encore, Séminaire XX (1972-1973), texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris Seuil, collection « Points », 1999, p. 46.

3 Le Séminaire, livre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Texte établi par Jacques-Alain Miller (1964), Paris, Seuils, « Points », 1973, p. 312.

4 Ecrits, premier recueil d’articles de Lacan (1966). Rééd. partielle, Seuil, « Points », 1970, 2 vol.

5 Encore, p. 37.

6 Si « Y a d’l’un », « il n’y en a pas deux », donc « pas de rapport sexuel ». Cf. Paul-Laurent Assoun, Lacan, Paris, PUF, « Que-sais-je ? », 2003, p. 115.

7 Leupin, p. 97, d’après Lacan, « La logique du fantasme », in Autres Ecrits, publiés par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, 2001.

8 Sous cette forme in D’un discours qui ne serait pas du semblant, Séminaire XVIII (1970-1971), inédit (cité par Assoun, p.113).

9 « C’est de la logique que ce discours touche au réel à le rencontrer comme impossible, en quoi c'est ce discours qui la porte à sa puissance dernière : science, ai-je dit, du réel », « L’Etourdit », Autres Ecrits, p. 449 (Leupin, p. 61).

10 Le Séminaire, livre XI, p. 19.

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Review from L'Esprit Créateur, Winter Review, Vol. XLIV, No. 4, p 101

 

La thèse essentielle du dernier livre d’Alexandre Leupin est d’ordre éthique et s’énonce de la façon suivante : la singularité du désir du sujet est le dernier front de résistance à l’expansion surmoïque de la science. Celle-ci consiste dans un processus de littéralisation du sujet, dont le point de visée est son abolition.

Mais pourquoi le progrès de la science menacerait-il le sujet de l’inconscient que Lacan a défini comme une matrice de combinatoires signifiantes ? Pourquoi les jeux des petites lettres menaceraient-ils un sujet dont l’être est de lettre ? C’est que l’œuvre de Lacan s’organise autour de cette aporie fondamentale qui consiste à garder le sujet au sein de la structure et, par extension, au sein de la science – instances qui se caractérisent justement de l’abolir. Par conséquent, la vérité du désir du sujet, énoncée par le discours de l’inconscient, le pose comme un corrélat antinomique de la science qui, de son côté, ne s’occupe pas du sexuel freudien.

La question éthique s’incrit ainsi dans un cadre épistémologique qui concerne le rapport de la psychanalyse au champ scientifique. La théorie des coupures épistémologiques majeures, amorcée par Kojève, Koyré et Lacan, et développée par Leupin dans ses oeuvres, notamment celles qui concernent le Moyen Âge, postule que le dogme chrétien de l’Incarnation a créé les conditions de possibilité de la science moderne dont la psychanalyse est une extension de par sa démarche acosmologique. Mais cette démarche, qui consiste à mathématiser les lois de l’inconscient, s’arrête là où l’inconscient parle pour dire la vérité du désir du sujet. Car la singularité radicale de ce désir en fait une limite à l’élan régulateur, catégorisant et universel du savoir conceptuel.

Alexandre Leupin décrit les principales étapes de la mise en place de l’éthique de la singularité chez Lacan : le Petit a et la Pastoute. L’objet a prend du relief dans l’enseignement de Lacan à partir du moment où il devient évident que ce qui soutient le désir n’est pas seulement logique (le signifiant) mais aussi phénoménologique (l’objet). La notion de Pastoute désigne la jouissance féminine comme objection à l’universel. Contrairement à L’homme, qui forme une catégorie universelle, un tout, les femmes constituent un ensemble ouvert et, par conséquent, ne peuvent qu’être énumérées, prises une à une.

D’autres questions sont traitées au sein de cette problématique épistémo-éthique : la scientificité (im)possible des humanités, les enjeux politiques des phénomènes de contamination des discours des groupes sociaux, le rapport entre religion et sexualité. Mais le principal mérite de Lacan Today est de poser clairement que la limite à la formalisation théorique que l’éthique de la singularité lacanienne représente ne participe en rien d’une défaite de la raison. Bien au contraire, Lacan visait à rendre compte rationnellement de l’impasse de la logique. Le nœud borroméen est précisément un moyen pour rendre topologiquement intelligible ce qui relève par excellence de la singularité : le sexuel comme non-rapport (logique).

 

 Cristina Álvares

Universidade do Minho, Portugal, and Louisiana State University, USA

 

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Review from Choice, April 2005, Vol. 42, No. 8  

 

Leupin (Louisiana State Univ.) has written an extraordinarily useful assessment of the value of the French psychoanalyst Jacques Lacan's thought in several major disciplines - epistemology, psychology, religion, and science.  Leupin offers nuanced and, for the most part, fresh accounts of some of the bigger issues in Lacanian studies: the structure of the subject, desire, the real, and sexual relations.  What is remarkable about this book is its rendering of the conceptually difficult themes in Lacan's work in terms that will appeal to the student, practitioner, academic, and lay person simultaneously.  This is the best overview of Lacan's thinking to appear in English since Bruce Fink's A Clinical Introduction to Lacanian Psychoanalysis: Theory and Technique (1997).

Summing Up: Essential.  All collections; all levels.

 

M. Uebel

University of Texas.

 

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Réactions

 

March 30th 2005

 

Cher Monsieur,

    Voici des années que je lis avec passion chacun de vos livres. Avec une admiration particulière pour "Fiction et incarnation" et "Phallophanies". J'ai moi-même écrit divers ouvrages dont "Le suicide du Christ" et les "Pères de leur mère", sur l'esprit  de contradiction des Pères de l'église (je ne connaissais pas votre article de l'Âne sur les Pères de l'Eglise). C'est dire quel intérêt j'attache à vos travaux à partir de Lacan.

    A tout hasard, je me permets de vous adresser le dernier article que j'ai publié dans la revue Diogène, n° 208 (2004). Peut-être cela vous intéressera-t-il.

    En vous remerciant de votre attention, je vous prie de croire à l'expression de mes meilleurs sentiments et de mon plus grand respect pour vos travaux,

 

Pierre-Emmanuel Dauzat

 

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