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Le Graal et la Littérature: étude sur la vulgate arthurienne en prose
Lausanne : L'Age d'Homme, 1983, 220 p.
 
Table des Matières
Quatrième de couverture
Compte-rendu
Réactions
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Table des matières
Introduction
I. Qui parle?
- L'Estoire del Saint Graal
- L'Estoire de Merlin
- L'Estoire de Lancelot
- La Queste del Saint Graal
- La Mort Artu
II. La faille et l'héritage
- Héritages canoniques
L'Arbre de Vie
La lance de Longin
L'épée de David
- La famille arthurienne
L'enfant sans père
Le bâtard
Le fils incestueux
Envois
III. Le corps et la représentation
- Le signe sacramentel
- Le simulacre
IV. Le Graal
- Le tournoi
- Le supplément de liturgie
V. Découvertes et recouvrement du corps
Du corps de simulacre au corps coupable
VI. Le cénotaphe
Conclusion
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Quatrième de couverture
La littérature médiévale: carrefour
stratégique pour la critique, la pensée, l'écriture
dites modernes, trivium capital qui sort aujourd'hui de son
enfouissement, du refoulement radical que le positivisme lui a fait subir.
Le Lancelot en prose ou Vulgate arthurienne :
le monument par excellence de la fiction française, tous siècles
confondus, qui nous renvoie en souriant le reproche de naïveté
trop souvent adressé, autrefois au Moyen Age. Une approche renouvelée
de ces quatre mille pages in-quarto s'imposait; elle se tente ici :
à partir, d'abord, des exigences du dire littéraire médiéval;
et ensuite, selon les modes de la critique littéraire actuelle.
L'absolue cohérence du chef-d'ouvre se démontre par rapport
à deux axes : celui d'une écriture ortho-graphique,
qui fictionne sa fidélité au canon théologique; celui
d'une scolio-graphie, écriture déviante tendant à
constituer un espace autonome, soustrait, distrait de toutes les exigences
(mimétiques, mathétiques, politiques) qui gèrent
et surveillent d'habitude le texte littéraire.
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Compte-rendu : Le Graal et la Littérature
Paru dans Le Moyen Âge , 1984
La thèse d'A. Leupin sur le Graal et la littérature,
qu'a dirigée Roger Dragonetti, est une thèse importante
et intéressante, d'accès certes difficile. Non pas à
cause d'un vocabulaire particulier avec lequel le lecteur se familiarise
assez vite: il s'agit d'un lexique personnel limité à une
quinzaine de mots comme indexer, concrétion, s'originer, pointer,
cadrer, absenter etc.. Mais surtout à cause de la profondeur de
la réflexion, de la densité du propos, de la rigueur de
la démonstration, de la nouveauté du regard et d'une constante
sagacité. Si la lecture de ce travail requiert une attention soutenue,
l'on est récompensé de cet effort enrichissant. L'ouvrage
s'appuie sur une bonne culture tant antique et médiévale
que contemporaine, sans exclusive d'ailleurs, puisqu'il tient compte de
la critique traditionnelle comme de la plus moderne (Barthes, Blanchot,
Derrida...), même si l'on peut regretter que ne soient pas mentionnés
ni utilisés certains articles ou livres comme ceux d'Hamilton sur L' Interprétation mystique de la Queste del Saint
Graal (dans Neophilologus, t.27- 1942, pp. 94-100). de P.
Matarasso sur The Redemption of Chivalry . A Study of the
Queste del Saint Graal (Genève. 1979) ou d'E. Baumgartner
sur L'Arbre et le Pain. Essai sur la Queste del saint Graal (Paris,
1981).
D'autre part, ce travail, dont l'origine se trouve peut-être dans
des réflexions d'A. Micha, manifeste un dépassement salutaire
du débat actuel qui était arrivé à une impasse
comme l'avait ressenti Jean Frappier dans sa dernière étude
("Il est à craindre que l'immense Estoire de Lancelot
ne livre jamais tous ses secrets"), et un déplacement
radical de la problématique : si les critiques se sont jusqu'à
maintenant obstinés à appliquer de manière unanime
deux critères connexes (pluralité ou non des auteurs: cohérence
ou incohérence des fictions). A. Leupin, refusant de lire le texte
comme un document, le constitue par son interprétation comme un
monument et scrute le mode d'énonciation propre au discours romanesque
de la Vulgate et ses différences par rapport aux discours qui peuvent
le cerner, ceux de la "théologie" et de "l'histoire",
ce qui l'amène, chemin faisant, à de très pertinentes
réflexions théoriques sur la totalisation au moyen âge
(1) et sur l'autre du texte.
Surtout, cette méthode vise une question déplacée,
a savoir: trouver la loi interne qui régit la vulgate, et qui est
une division, laquelle, paradoxalement, unifie l'ensemble de la matière.
Deux pôles, différents de ceux que proposait F. Lot, structurent
de manière systématique l'écriture du vaste corpus:
l'orthographie, écriture de la rectitude et de la loi, et la scoliographie,
écriture déviante qui tend à constituer un espace
littéraire dérobé à l'exigence théologique,
"dans la déviance de l'apocryphie, dans le jeu du simulacre,
dans le supplément du graal" (2).
Cette dualité, il faut le souligner, est envisagée non
pas au niveau du contenu des fictions, mais comme un principe structurant
de l'écriture; cette problématique n'est plus rattachée
à un élément extérieur, mais a trait à
la cohérence interne du texte. Le nouveau type d'écriture
qui est mis au jour périme deux questions traditionnelles: tout
étant apocryphe, il ne faut plus s'interroger sur le postiche et
l'authentique; comme l'absence de signature permet de greffer sans cesse
un récit sur l'autre, il devient inutile de repérer le noyau
central.
Cette thèse, par moment paradoxale, est défendue avec une
vigueur convaincante à la fois par le recours à l'environnement
culturel et littéraire (de la Poetria de G. de Vinsauf,
qui fonde l'autonomie radicale de la littérature, à un texte
d'Hélinand, "glose sur l'absence qui creuse en son centre
la parole arthurienne") (3) et par un examen subtil et sagace de
la vulgate à travers un certain nombre de grands thèmes
de réflexion: qui parle? -la faille et l'héritage -le corps
et la représentation -le graal -découvertes et recouvrements
du corps -le cénotaphe... en sorte que l'on admet le conflit qui
divise la vulgate entre l'orthographie qui transmet la révélation
christique et la scoliographie qui célèbre, dans le pharmakon
de son écriture châtoyante, les morts-vivants de l'univers
arthurien.
D'avoir découvert et dégagé ce fil conducteur qui,
fermement tenu, renouvelle notre lecture d'un texte immense, serait suffisant
pour valoir à A. Leupin l'estime de ses lecteurs, d'autant qu'il
rend à l'oeuvre sa cohérence fondamentale, puisque "l'arrachement
du rainsel, le meurtre d'Abel, les mutilations de l'Arbre de Vie, la Lance
et les épées saignantes, les Méhaigniés, toutes
les failles qui instituent la possibilité de l'héritage
et qui permettent l'épanchement de l'encre purpurine du récit
sont rassemblées dans une figure qui les résume toutes et
les comprend en les dépassant: le sacrifice du Christ."
Mais sa thèse apporte encore plus si l'on en examine le détail.
Soit par des réflexions profondes sur des éléments
essentiels de l'oeuvre, comme l'anonymat, ou l'aphasie devant le graal
: loin d'être le signe adéquat d'une indicible transcendance,
elle n'est que la traduction appropriée du néant enclos
dans le "Saint Vaissel". Soit par une présentation nouvelle
de personnages comme Gauvain, "le démonisme arthurien le plus
lucide", ou Merlin dont la vie marque le triomphe du simulacre et
de la magie dépropriante, ou de réalités littéraires
ou religieuses comme le graal, ""voile qui ne dévoile
que le rien... emblème le plus dissimulé et le plus efficace
symbole de la quête du récit par lui-même", ou
des relations amoureuses de Guenièvre et de Lancelot, chacun n'aimant
point l'autre, mais le fantasme qui le remplace et vaut seulement pour
soi, ou de scènes significatives, telles que l'enfermement de l'idole
d'Evalac, "comme si la statue, si bien emboîtée, se
situait à l'exact opposé du Corps glorieux". Soit par
la lecture revalorisante ou dérangeante de textes méconnus
( l'Estoire dou Graal , aux initialités toujours recommencées)
ou lus trop vite: ainsi de la Quête du Graal , avec le
témoignage de Bohort qui est loin de couvrir toutes les fictions,
ou le graal qui dérobe la Référence, ou Sarras, à
rapprocher de Sarrasin, emblème du territoire de l'idolâtrie.
Soit par la mise en évidence d'aspects négligés,
comme l'importance de la féminité, ou le graal et la
lance devenus métaphores du livre et de la plume.
Enfin, et ce n'est pas négligeable, cette thèse contribue
à éliminer les incohérences et les contradictions
que l'on se plaisait à souligner dans ce corpus, sur la castration
attribuée aux personnages les plus divers ("cette dissémination
de la castration n'affecte pas le sens, mais... elle le constitue, structurellement
parlant", sur la floraison de l'arborescence des contes à
partir de l'infécondité radicale qui frappe la Terre Gaste,
sur les multiples récits de la naissance de Merlin, l'enfant
sans père "rémunérant ainsi la paternité
absente par le bourgeonnement de fictions divergentes".
En conclusion, il s'agit d'un travail important, original, neuf par la
méthode et la réflexion, passionnant tout au long, même
s'il surprend à l'occasion et prête à la discussion
sur un certain nombre de points.
Jean DUFOURNET.
(1) "La somme romanesque, c'est le fragment fictivement déguisé
en totalité -et peut-être usurpant, sans droit légitime,
son statut".
(2) Ce qu'il énonce ailleurs sous cette forme: "Les lois
du texte ne sont pas régies par le vrai et le faux, mais par une
structuré interne duplice, clivée entre la prétention
orthographique et une prétention scoliographique, entre une écriture
qui dit venir d'un ailleurs et une autre qui prétend, dans la déviance,
à l'autonomie.. Cette dualité est fondée sur l'hyPothèse
que la littérature, depuis l'anathème de Platon, est toujours
aux prises avec l'interdit d'une loi qui voudrait reconduire sa perverse
tentation d'autonomie à la sommation d'une rectitude".
(3) Pour A. Leupin, le texte en miroir, dès G. de Monmouth, se
trouve pris dans une ambiguïté constitutive: "d'un côté,
il tente de constituer, comme effet de sa rhétorique. l'historicité
des chroniques imaginaires du roi Artu (ce serait sa tentation référentielle)
; de l'autre, il est aussi l'un des moments essentiels -en tant qu'il
est toujours absent, fictif, pris dans une économie qui l'efface
-par où l'historicité se vide de son contenu pour devenir
la métaphore, la translation d'un cheminement narratif qui se proscrit
d'une vanité constitutive... "
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Réactions: Le Graal et la
littérature
Paris, le 12 février 83
Cher ami,
(.)
Votre beau livre m'est arrivé hier et déjà j'en reconnais
la richesse - à vous lire et relire.merci.
(.)
Avec mes voux et mon amitié,
Jacques Derrida
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