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Dieu, le Poète et la Dame
dans Mélanges offerts à Roger Dragonetti, Champion, Paris, 1996, pp. 299-314


Le grand éveilleur qu'est Roger Dragonetti nous a appris, entre autres, qu'il n'est d'art de l'interprétation que si les anciennes paroles, saisies à partir du cadre symbolique qui est historiquement le leur, reviennent dans notre présent pour nous affecter. Sans quoi elles restent lettre morte.

Entrecroisant théologie, psychanalyse et poésie des troubadours, nous voulons proposer ici un cas de figure qui fasse hommage à l'actualité vivante de notre maître; hommage aussi à l'un de ses textes, Aux origines de l'amour courtois: La poétique amoureuse de Guillaume IX d'Aquitaine 1, qui sous-tend nombre des commentaires présentés ci-dessous.

La question est: A quelles conditions minimales doit répondre un discours pour qu'il soit conçu comme inaugural et fondateur? Dans notre univers, qui n'est autre que celui du langage, l'inauguralité ne procède pas d'une quelconque expérience empirique, d'un événement hors langue, mais d'une profération discursive 2. Dans ce cadre, une proposition sera inaugurale si l'ordre symbolique du langage en est affecté et si les noms anciens sont dévalués comme homonymes par cette modification 3.

En ce qui concerne les troubadours, et plus particulièrement Guillaume IX, il s'agit de peser si ce qu'il avance sous le nom d'Amor homonymise ce que cette notion recouvre dans l'Antiquité. Cette évaluation ne peut se faire qu'à partir d'une lecture de la fonction structurelle qu'occupe la notion d'Amor, centrée autour de la figure très singulière de la Dame, dans la poésie elle-même - non dans une empirie aux contours nécessairement indécis (et de toute façon déjà discursifs).

I
Le célèbre poème du Dreyt nien, écrit à la fin du XIème siècle par Guillaume IX d'Aquitaine, n'est pas seulement un poème sur rien (génitif subjectif), mais un poème de rien (génitif objectif). En tant que tel, il ne respecte pas l'anticipation du contrat que son premier vers établi avec le lecteur ("Farai un vers de dreyt nien"): par rétroaction, à la fin de notre lecture, nous n'avons pas "rien", mais, minimalement et superbement, quelque chose: un poème. Ce contrat démenti est au coeur même de ce fait paradoxal: dès qu'il y a profération, la notion même du néant s'efface, puisqu'elle est dite.

Par ailleurs, ce "rien" inaugural renvoie, non à un néant véritable, mais au fait qu'avant Guillaume IX, il n'y a rien qui soit avancé du désir qui corresponde au dire qu'il en tient. En ce sens, le "nien" désigne l'homonymisation que produit sa poétique: l'Amor qu'il y figure n'a jamais été proféré auparavant.

Si donc le poème fonde la structure de la fin'amor, ce n'est pas seulement au titre de la chronologie des chansonniers provençaux 4 ou au titre d'une description de nouvelles pratiques amoureuses, mais à celui d'une énonciation première qui immédiatement fait structure.
Ce qui implique que nous ayons quelque idée de ce que fut Amor dans la littérature avant Guillaume IX; nous ne pouvons ici donner que des indications schématiques. Freud, dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité, exprime ainsi la distinction entre les modernes et les anciens:



 

"La différence la plus carartéristique entre notre vie érotique et celle de l'antiquité consiste en ce que, dans l'antiquité, l'accent était mis sur la pulsion, alors que nous la mettons sur l'objet. Pendant l'Antiquité, on glorifiait la pulsion, et cette pulsion ennoblissait l'objet, de si petite valeur qu'il fût; tandis que dans les temps modernes, nous méprisons l'activité sexuelle en elle-même et ne l'excusons en quelque sorte que par suite des qualités que nous retrouvons dans l'objet." 5

En d'autres termes, la vie amoureuse progresse dans le sens d'une sublimation, d'un déplacement métonymique qui sont autant de signes d'un refoulement de plus en plus puissant (c'est à dire, en dernière analyse, d'un renforcement de l'intensité pulsionelle inconsciente). Freud ne s'interroge pas sur les causes de cette progression; il nous semble cependant évident que le discours chrétien, et en particulier la méfiance dont témoignent, depuis Saint Paul, les pères de l'Eglise à l'égard de la pulsion jouent un rôle prépondérant dans ce refoulement. A relire, par exemple, les diatribes de Tertullien et de Saint Augustin sur le théâtre des histrions, on y déchiffre la condamnation d'une culture érotique qui s'épuise dans l'image: celle des copulations des Dieux que des acteurs produisent sur scène. A ce titre, et probablement contre leur volonté expresse, les pères, en imposant à l'éros de leurs ouailles l'impossibilité d'imager adéquatement quelque pulsion que ce fût, jouèrent le role incongru de relanceurs du désir; l'interdiction revivifie le péché en redonnant sens au désir.

Le poème du dreyt nien 6 prend acte de cette mutation immense, dont nous ne cessons aujourd'hui de ressentir les effets. Le vers débute dans une radicale déperdition de tous les contenus; plus d'auteur:



 

Farai un vers de dreyt nien:
Non er de mi ne d'autra gen

Que nous traduisons:



 

Il ne sera ni de/sur moi ni de/sur autre personne (dans les deux sens du génitif)
Perte de la cause:
Ni de ren au,
(Le poème ne viendra d'aucune cause/ne sera sur rien)

A laquelle fait écho une perte d'identité, de temps et de lieu:



 

No sai en qual hora.m fuy natz

Nul moyen de s'assurer d'un contenu et d'une identité biographique. Le poème met donc en échec toutes les questions à propos d'un texte que le bénédictin Conrad de Hirschau prescrit dans le Dialogus super auctores 7.

Mais quelle est donc la cause de cette déperdition d'identité de "l'auteur"? A notre sens, elle procède de la Dame à qui s'adresse son désir, et qui dénie tout point visible de comparaison par lequel le poète pourrait s'assurer de son identité:



 

Amig'ai ieu, no sai qui s'es.

A ce titre la dame est le signe d'un sens perpétuellement manquant, d'une vérité absentée par sa profération même.
Mais cette absence, véritable maladie ("Malautz suy e tremi murir", écrit Guillaume IX) qui effondre l'identité de l'être parlant et sexué est immédiatement compensée par l'apparition, sur une autre scène que celle, désertée, du nien, d'une autre dame, dont le signifiant comble le manque de la première, invisible, innommable, irreprésentable:



 

Anc non la vi et am la fort,
Anc no n'aic dreyt ni no.m fes tort
Quan non la vey, be m'en deport,
No.m pretz un jau,
Qu'ie.n sai gensor e bellazor
E que mais vau.

Un savoir visible se constitue ici, comme dénégation de l'absence inaugurale, mais son caractère illusoire est souligné par le poème, puisque cette autre Dame est, elle aussi, sans lieu:



 

No sai lo luec ves on s'esta. 8

Comment cette autre figure de la féminité peut-elle surgir, sinon au prix d'un mensonge ou d'un fantasme nécessaires, puisque la première, dans son néant, ne saurait servir de mesure comparative? Ce qui troue la parole poétique se compense ici d'un signe visible, destiné à obvier au manque de la première Dame.

La lacune inaugurale est donc remplie par un signe rhétorique, une écriture de la féminité, tournemain que l'envoi du poème mène à son point d'aboutissement:



 

Fag ai lo vers, no say de cuy;
E trametrai lo a selhuy
Que lo.m trametra per autruy
Lay vers Anjau,
Que.m tramezes del sieu estuy
La contraclau.

La contre, mais aussi fausse, clé et son étui: tranparentes métaphores d'un rapport à l'Autre sexe enfin possible. Mais le cercle de la transmission (donner la clé de l'énigme identitaire, contraclau, à un autre pour qu'il me la redonne), plus qu'il ne résout la question, l'enferme dans une circulation imaginaire et narcissique, sans que jamais le sens du désir n'en soit éclairci: toujours la Dame première aura déjà dérobé la clé de l'énigme, dans et par l'absence de la représentation, indiquée entre les lignes. Reste, de cette soustraction, le monde du signifiant, où la femme, le destinataire et, en dernière analyse, le poète lui-même reçoivent illusoirement leur identité d'une pure opposition binaire, qui obvie au manque. La Dame première est métaphorisée (donc effacée) par une image inverse, la contre et fausse clé, pénis supposé pénétrer le cas (dans tous les sens du terme) qu'est le poème - c'est à dire le sexe féminin, fictionné sous les espèces de l'estuy, coquille vide du signifiant. Dès lors, l'identité sexuelle est soumise à un miroitement infini, où les images des sexes se renversent l'une dans l'autre. En témoigne par exemple la contraclau/pénis, qui est par antithèse du féminin, et l'estuy/sexe féminin, qui non seulement est masculin, mais aux mains d'un possesseur mâle.

En strict parallèle avec la seconde Dame, le pouvoir d'illumination de la contre-clé ne procède pas de ce qu'elle désignerait adéquatement, mais seulement de sa circulation dans la chaîne symbolique; de plus, l'étui/poème et sa clé sont pris dans dans un circuit où destinateur et destinataire sont tous deux masculins; la nature fantasmatique de la solution en est renforcée, la clé de la question féminine étant inscrite d'un seul côté de la ligne de partage sexuel.

La poétique des troubadours sera marquée à jamais par la solution, sous forme d'impasse, qu'apporte Guillaume IX à la question de la sexuation: tour à tour, la fin'amor proférera le néant de la Dame première, et le recouvrira de l'imaginaire de la seconde "plus belle et plus noble"; plus encore, la fin'amor constituera cette Dame seconde comme inaccessible, éternisant l'espoir de la posséder, et lui donnant ainsi une concrétion fantasmatique.

C'est en ce sens seulement que ce poème est fondateur de la tradition de la fin' amor: toutes les Dames inaccessibles de la tradition qu'inaugure Guillaume IX seront le signe de cet oubli, répétant infiniment la deuxième Dame aux fins de refouler le fait que la première existe, mais ne saurait être dans le langage et la représentation imaginaire 9. Il faut y insister: ce refoulement par l'imaginaire est indispensable à la constitution d'une identité sexuelle, et donc à la vie même de l'être parlant.

Dans la ligne de notre interprétation, le poème de "l'Adieu au monde" ("Pos de chantar m'es pretz talentz") acquiert une valeur tout autre qu'anecdotique ou de recours purement rhétorique destiné à satisfaire, dans un repentir feint, les puissances de l'Eglise: sa position est en relation structurelle avec l'infiguration de la Dame impossible.

En effet, le Dieu incarné est ce qui vient combler l'absence de rapport avec la première Dame, si radicalement Autre qu'on ne saurait même lui donner un nom:



 

Merce quier a mon compaignon
S'anc li fi tort qu'il m'o perdon:
Et ieu prec en Jesu del tron
Et en romans et en lati.
[...]
Mout ai estat cuendes e gais,
Mas nostre Seigner no.l vol mais;
Ar non puesc plus soffrir lo fais,
Tant soi aprochatz de la fi.

En d'autres termes, le Christ condense en son incarnation à la fois la Dame absente, puisqu'il est Dieu rreprésentable, et la Dame imaginaire, puisqu'il a un corps, c'est à dire une image ô combien représentable.

C'est chez le maître du trobar clus, Raimbaut d'Orange que ce rapport structurel entre le Dieu chrétien et la dame courtoise est le plus clairement posé.
Le poème Lonc temps ai estat cubertz 10 place la castration au centre de son dire, et lie inextricablement son aveu à une demande divine:



 

Lonc temps aiestat cubertz
Mas Dieus no vol qu'ieu oimais
Puosca cobrir ma besoigna
Don mi ven ira et esglais;
Ez escoutatz cavallier,
S'a ren ai obs ni mestier.

D'aisso vos fatz ben totz certz,
Qu'aicels don hom es plus gais
Ai perdutz don ai vergoigna,
E non aus dir qui.ls me trais,
Et ai ben cor vertadier,
Car dic tant grand encombrier.

Mais ce pacte de véridicité n'est-il pas feinte? Ne s'agit-il pas d'apaiser les maris jaloux pour accéder à la dame en feignant l'émasculation? La cinquième strophe tendrait à le prouver:



 

Per quez es fols adubertz,
Totz hom que ja ten a fais
S'ieu cortei - quar ja m'en loigna? -
Sa moiller, pois dans non nais
Ad el se son ben sobrier
Li mei mal sospir doblier.

Cependant, si l'aveu vient vraiment d'une demande de Dieu, il est autre qu'un simple mensonge ou une ruse, ou encore une autre dénégation de la castration. Dieu est ici, très précisément, la cause de l'expression du manque, qui est à la foi rien (c'est à dire manque, dans le sens de la castration) et quelque chose (un mot). Ce mot clé n'est autre que l'ancien provençal ren (< latin rem) désignant du même trait quelque chose et son manque.

Comment se fait-il alors que, sur fond de cette radicale absence, le poète puisse parler d'une joie complète dans son envoi à la "Comtesse de Montrosier"? ("La comtessa a Monrosier / Volgra auzis mon gaug entier"). La jouissance n'est ici entière (une, sans mutilation) que parce qu'elle est fictionnelle; elle s'est déplacée au poème lui-même, pur désir et pur regard voilant et dévoilant le trou de la fin'amor en obviant à la castration par l'image et la pulsion scopique, qui redouble ici la jouissance du chant et de l'écoute:



 

A dompnas m'en soi profertz
E datz per que m'en vais jais,
Si noc'ai poder que i joigna,
En jazen ades engrais,
Solament del desirier
E del vezer, qu'als non quier.

Dans un autre poème, Escotatz mas no say que s'es 11, Raimbaut d'Orange reprend explicitement le dreyt nien de Guillaume IX. Le poète ne peut nommer son dire ("Non es ni n'om no-lsai trobar"); le désir indicible doit être pourtant dit ("Per tan nom-m poiria lassar/ que ieu mon talan non disses"); la jouissance doit advenir pour que la structure de la parole consiste ("ni ges no say co-l mi fezes/ s'aytal bo-l podi acabar"); le dire poétique échappe au temps et à la différence sexuelle ("Que ja hom mays non vis fag aytal ad home ni a femna en est segle ni en l'autre qu'es passatz"); tous les signes se renversent dans leurs contraires, dans une vaste indifférenciation néantisante:



 

Qu'ieu soy per vos gays d'ira ples
Iratz-jauzens me faytz trobar
[...] E soy fols cantayre cortes,
Tan c'om m'en apela joglar.

Le "nihilisme" culmine dans le titre, enfin trouvé, qui amplifie cent fois l'incertitude du signifiant:



 

Er fenisc mo no-say-que-s'es
C'aisi l'ay volgut batejar.

Or, ce baptême paradoxal du néant, qui, comme l'a noté Roubaud 12, généralise à toute chose l'incertitude qui chez Guillaume IX restait confinée à l'identité de la dame ("no say qui s'es"), dépend en fait d'une autre langue, le latin salvateur de la Trinité qui vient remplir la promesse et accomplir le don que Raimbaut n'a pas reçu de la dame:



 

Que ben a passatz quatre mes
(Oc! e mays de mil ans so.m par)
Que m'a autrejat e promes
Que.m dara so que m'es pus car.
Dona! pus mon cor tenetz pres,
Adossatz me ab dous l'amar.
(Prose) Dieus ajuda!In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti! Aiso, que sera domna?

Non seulement Dieu est l'Unique qui puisse accorder le don, mais qu'on y recoure indique que la demande doit être couchée dans les termes de l'amour: "Donne-moi ce que tu n' as/es pas". Le don n'arrivera jamais à son destinataire, car seule la Sainte Trinité peut faire advenir ce qui n'a jamais pu advenir et n'adviendra jamais: le rapport à l'Autre. En ce point, le discours religieux s'inverse en obscénité; celle-ci remplit d'une figuration factice l'absence initiale que nul être humain ne saurait combler:



 

(Prose) Dona, far ne podetz a vostra guiza cos fes N'Ayma de l'espatla que la estujet lay on li plac.


Le phallus manquant, ou étant Dieu (ce qui revient au même, on verra pourquoi et comment), la dame peut faire ce qu'elle veut avec l'os qui en est le simulacre, se le mettre où cela lui plaît: cela ne changera rien à l'équation du manque. Qu'il faille ici superposer la trinité et l'olisbos comme figure de celle-ci s'impose de ce que les deux surgissent en prose dans le poème.

II
Guillaume IX et Raimbaut d'Orange "mettent en vers" une longue tradition linguistique, rhétorique et théologique dont nous voudrions maintenant pointer quelques moments cruciaux. Dans cette tradition, qui un jour fut une nouveauté absolue, réside la réponse à la question: comment Guillaume IX fut capable d'occuper la position de fondateur?

Linguistiquement, tout d'abord, le mot nihil est le point privilégié où, pour les médiévaux, s'affiche à la fois l'autoréflexivité du langage et son arbitraire. "Rien", en effet se désigne comme mot seulement et évoque la possibilité que le mot ne corresponde pas à la chose. Nous prendrons à témoin la Disputatio Pippini cum Albino, recueil de devinettes entre Alcuin et son élève Pépin, qui fut populaire à la cour carolingienne:



 

Albinus: Quod est quod est et non est?
Pippinus: Nihil.
A: Quomodo potest esses et non esse?
P: Nomine est et re non est.

En théologie, le notion de néant butte contre l'être par excellence, la substance immatérielle de toute les substances, Dieu, présent de toute éternité.
En 834, Frédégise, abbé de Saint-Martin de Tours, écrit à Charles le Chauve et aux nobles de sa cour une Epistola de nihilo et tenebris (in Patrologia Latina, vol. 105), où il entreprend de "dénouer le noeud" de l'obscure question si "nihil est quelque chose ou rien."

La réponse qu'il apporte est bien différente de celle de Pippinus. Selon Frédégise, tout nom définit signifie quelque chose; il s'ensuit que nihil doit désigner quelque chose. "Là où il n'y a rien, on ne peut rien signifier: omnis significatio est ejus significatio quod est, id est rei existentis." 13

Ce réalisme radical veut donc que dès que la langue profère quelque chose en un discours, ce vocable désigne une existence 14. Or, la réponse de l'Epistola n'est pas conditionnée par la logique ou une réflexion sur la langue, mais par la foi en l'autorité de la Genèse; du même trait, le recours à la Bible impose un glissement du néant à la ténèbre primordiale:



 

"Certains partagent l'opinion qu'il n'y a pas de ténèbres, et qu'il est impossible qu'elles existent. Qu'il soit facile de le réfuter par l'autorité de l'Ecriture, le lecteur sagace le reconnaît. Il est dit en effet: Et les ténèbres étaient sur la face de l'abîme."

Ces lignes se situent dans le droit fil du commentaire augustinien sur la Genèse:



 

"Ce n'était pas un rien absolu [non tamen omnino nihil], mais quelque chose d'informe, dépourvu de tout figure. Cette matière, comment la désigner, comment en donner quelque idée, même aux intelligences plus lentes - sinon par l'emploi d'un mot couramment usité? Peut-on trouver dans tout l'univers quelque chose qui ressemble plus a une informité [informitas] vague que la terre et l'abîme?" (Confessions XII, iii, 3-4) 15

Frédégise abandonne donc la démonstration logique implicite à la Disputatio Pipinni cum Albino pour recourir à un argument classique d'autorité; nous voudrions montrer que, loin d'affaiblir ses raisons, ce saut logique obéit de fait à l'exigence d'une pensée parfaitement rigoureuse.

Posons tout d'abord ceci, que, dans la tradition judéo-chrétienne, la qualification d'ex nihilo appliquée à la Création est tout à fait abusive: pour la théologie, il n'y a jamais "rien". La Création, supposée ex nihilo, procède toujours d'une Cause qui lui est antérieure et qui s'exerce sur l'informitas de la ténèbre originaire. Le néant de la matière primordial n'est rien qu'en regard de Dieu, lui même existence par excellence:

 

"... c'est Vous qui, dans le principe, qui procède de vous, dans votre sagesse née de votre substance, avez créé quelque chose de rien.

Vous avez créé le ciel et la terre sans les tirer de votre substance: autrement il y aurait eu quelque chose d'égal à votre Fils unique, et à vous par conséquent. Et il n'eût pas été équitable que ce qui ne procède pas de vous fût égal à vous." 16

A supposer qu'il n'y ait rien (de matériel) avant l'informité de la Ténèbre, la théologie cependant pose toujours qu'il y a déjà Dieu, éternel.

Rien n'éclaire mieux la nature contradictoire du Dieu chrétien que la théologie apophatique, dans la radicalisation qu'en opère Jean Scot Erigène. Dans les Divisiones Naturae (II, 28) le docteur irlandais affirme, dans le droit fil de la tradition, que Dieu n'est rien, qu'il est néant au regard de la compréhension humaine; plus même: il est impossible à Dieu de se penser lui-même, dans la mesure où les catégories de la pensée, bien qu'elles existent avant tout dans l'intelligence divine, ne lui sont applicable en aucune façon. Il s'ensuit que Dieu n'est rien de ce qu'il pense de lui-même, qu'il reste impensable à sa propre pensée, qu'il n'est rien de ce qui est pensé, rien qui soit, quoiqu'il soit, simultanément, l'être et la pensée suprêmes 17.

Ce paradoxe de Dieu trouve son symptôme, soit dans l'effusion rhétorique des Pères de l'Eglise, soit dans le voeu monastique de silence qui reflète une adéquation à ce néant que Dieu est. Saint Augustin formule merveilleusement la contradiction:

 

"Nous ne pouvons dire que Dieu est ineffable, car nous exprimons quelque chose en disnat qu'il est ineffable. Une certaine contradiction dans les termes apparaît ici. Car, si nous disons ineffable ce qui ne peut être exprimé, au moins ce que nous pouvons exprimer pour le dire n'est pas inexprimable, n'est pas ineffable. En tous cas, il est mieux d'éviter cette bataille de mots par le silence que de lui donner une solution par des mots." (I, vi, 6)

Ce problème, bien entendu, n'est pas absent de la littérature vernaculaire romane: à témoin, le devinalh publié par Karl Appel (no 42) "Je suis et ne suis pas, j'étais et n'étais pas", la réponse de l'énigme étant évidemment "Dieu" 18.

La pensée théologique s'inaugure en un trou: un Dieu impossible à penser, qui n'est ni l'homme ni la création (ceci s'appliquant aussi bien au judaïsme qu'au christianisme). En apparence, il n'y a rien, ici, qui s'apparente à quoi que ce soit de ce que l'astrophysique scientifique nous apprend. Nous tenons cependant que la théologie créationniste dit le vrai, mais non sur le monde: sur l'origine de la langue.
Pour le démontrer, revenons à Frédégise, en soumettant son texte à une opération interprétative qu'il aurait certainement refusée - ô hérésie! : il suffit d'anthropologiser radicalement son discours pour qu'il fasse sens pour notre modernité:

 

"Le Fondateur imprima vraiment des noms aux choses qu'il créa, afin que la chose énoncée fut perçue par son nom distinctif. Et il ne forma aucune chose sans son nom, et il n'établit aucun nom sans que la chose établie n'existât." (col. 754)

La création du monde est donc simultanée à l'émergence du langage. Cependant, dans le scénario anthropologique que nous proposons, le créateur n'est pas Dieu, mais le premier homme qui survient au langage. En effet, pour les êtres parlants que nous sommes, le monde (la perception de la chose) n'existe aucunement avant qu'il ne soit proféré; en ce sens. "In principio erat Verbum" n'est rien d'autre que la description vraie de la naissance de l'homme, qui ne saurait exister avant qu'elle ne se parle.
Cette création s'opère d'un seul coup, car elle épouse la structure du langage, qui, comme ensemble de différences négatives, ne peut se révéler que tout entière. Cette simultanéité est pensée par la théologie, chez Saint Augustin par exemple, selon l'image néo-platonicienne du ciel des idées, modèle de toute choses existant, présent de toute éternité:

 

"Suprêmement immuable, Dieu n'a certainement pas déployé au cours du temps son action créatrice. S'exprimant totalement dans son Verbe, il contient éternellement en soi les modèles archétypes de tous les êtres possibles, leurs formes intelligibles, leurs lois, leurs poids, leurs mesures, leurs nombres. Ces modèles éternels sont des Idées, incréées et consubstantielles à Dieu de la consubstantialité même du Verbe. Pour créer le monde, Dieu n'a eu qu'à le dire; en le disant, il l'a voulu et il l'a fait. D'un seul coup, sans aucune succession de temps, il a fait être la totalité de ce qui fut alors, de ce qui est aujourd'hui et de ce qui sera dans la suite." 19

De plus, l'émergence (du langage, ou du monde comme langage) doit effectivement être saisie comme ex nihilo. Si le trait caractéristique, la définition même de l'homme est qu'il parle, alors, avant que le langage soit, il n'est pas d'humanité, mais seulement un primate évolué, pourvu du support physiologique nécessaire à la parole, mais privé de langue. En d'autres termes, l'être parlant ne peut naître que du dehors radical de l'animalité, rien en celle-ci ne préparant à l'accession à la langue. Pour cette raison même, la création de l'homme comme parlant ne peut être saisie que comme révélation: intervention d'une extériorité qui est le tout autre de l'animalité. L'intuition religieuse rejoint donc ici, très précisèment, ce que nous pouvons avancer comme hypothèse quant à l'origine du langage.
Sans entrer dans les détails, indiquons que le concept de révélation est indispensable à la compréhension, non seulement des progrès dans le domaine de l'éthique, qui ne peuvent naître que du dehors de la structure imaginaire des sociétés, mais aussi en science, sous les espèces de ce que Gaston Bachelard nomme coupure épistémologique.
La théologie, lue dans le forçage de notre anthropologisation, tient donc un discours vrai sur l'origine de l'homme: il suffit de l'infléchir sur le seul point de la Cause (la langue, au lieu de Dieu, l'éternité divine devenant alors métaphore de la coexistence de tous les signifiants dans la structure) pour qu'il s'accorde à une hypothèse scientifique.
Il en découle que, dans l'ordre du signifiant, la notion "d'évolution" (et tout le substrat biologique qui la soutient) ne peut avoir cours; les "choses" y naissent toujours d'une profération inaugurale: ainsi en va-t-il pour la théologie judéo-chrétienne, au centre de laquelle il faut placer les notions de création et de révélation 20. De ces paramètres "créationnistes", la poésie, bien entendu, n'est nullement à exclure: au contraire, il lui arrive de les constituer.

Si, à l'époque où écrivent Guillaume IX et Raimbaut d'Orange, la théologie est le discours symbolique par excellence qui fournit les cadres de leur pensée, quel est alors le rapport de la religion à la poétique de la fin' amor?
A notre sens, le discours poétique diffère en un point essentiel de la théologie: en assignant la Dame au néant, la fin'amor selon le comte de Poitiers fait de sa profération le lieu d'où surgissent toutes les figures du désir. Inauguralité créatrice, qui ne peut qu'être en profonde contradiction avec le discours chrétien, attribuant la force d'inauguralité au seul Logos spermatikos.

Mais il y a plus: en équivalant structurellement le Dieu de la théologie avec la dame du désir, le premier troubadour est dans le vrai: si la dame de la fin'amor est Dieu (car tous deux sont infigurables, en retrait de la chaîne du signifiant), alors une profonde subversion de la théologie se produit; elle se dissimule dans la conversion du "dernier poème" de Guillaume IX au discours chrétien, qui fonde l'équivalence même. Par là, la conversion devient le lieu de toutes les ambiguïtés: la Cause du désir n'est plus, théologiquement, Dieu, mais le maître-signifiant inaccessible à la représentation. Ainsi le rapport à la féminité que fonde Guillaume IX d'Aquitaine s'autorise du créationnisme de la théologie judéo-chrétienne, même s'il le détourne pour remettre à une femme ce que la religion accordait à Dieu: d'être la Cause du désir. Ce report n'est possible que dans un cadre de pensée chrétien, qui fournit les armes nécessaires à l'anthropologisation, en dernière analyse athée, que représente le poème du dreyt nien.

III
Cependant, le paradigme que nous venons de décrire est encore insuffisant à cerner ce qui légitime l'inauguralité de la poétique amoureuse produite par Guillaume IX; en effet, un poète juif se trouverait, par hypothèse, devant les mêmes contraintes de la théologie apophatique que le premier troubadour 21. Nous tenons que le dogme de l'Incarnation, (seule proposition spécifique au christianisme par rapport au judaïsme) produit un bouleversement supplémentaire qui se re-marque dans le rapport (ou non- rapport) à l'Autre sexe.

Dans le poème de la "conversion", Guillaume IX invoquait Jésus "en romans et en lati", c'est à dire qu'il recourait à la langue liturgique pour combler le manque de la Dame, mis à nu par le vernaculaire. Quelle est donc la relation logique du Dieu incarné à la Dame évanouie de la poésie?
Rappelons brièvement que dans la théologie juive, et plus particulièrement dans le récit de la Genèse, Dieu comble l'absence de rapport à la femme: ce que la liturgie hébraïque commente en faisant de Dieu l'élément indispensable à sceller le sacrement du mariage:

 

Rabba a dit: "Pourquoi le nom de la femme était-il isha? Parce qu'il est dérivé de esh (feu). Pourquoi Adam fut-il appelé ish? Parce que le nom de l'homme est dérivé de esh. La lettre yod du mot ish et la lettre he du mot ishah ensemble épellent le nom divin yah [les deux premières lettres du tétragarmme YHWH], qui est au milieu des deux mots. S'ils s'échauffent dans une querelle, le nom divin leur est retiré, et tout ce qui reste est esh, esh ("feu, feu") 22

Le signifiant de Dieu supplée donc, très exactement, à l'absence de rapport à l'Autre sexe.

A cette suppléance du maître-signifiant, son Incarnation dans le christianisme donne un tour nouveau. Le nouveau Dieu/homme est ce qui vient combler, à lui seul, le manque dévolu auparavant au Dieu des Hébreux. Ce qui implique une anthropologisation radicale du problème.

La conception virginale pose explicitement le non-rapport à l'Autre sexe au centre du dogme, absence qu'elle compense aussitôt par un Christ de chair et d'histoire. Saint Augustin et à sa suite saint Bernard saisissent comme exceptio 23 cette absence et sa compensation, en particulier à la logique de la copule/copulation et à la rhétorique.

Manegold de Lautenbach s'inscrit dans cette tradition lorsqu'il écrit que la conception virginale est ce que le topos "Si peperit, cum viro concubuit [Si elle a accouché, elle a donc couché avec un homme]", repris de Cicéron, ne saurait penser:

 

"En vérité, il est né un enfant admirable, par la sagesse de l'ange, philosophe de chasteté qui a fracassé la proposition susdite par la nativité adorable d'une vierge perpétuelle, puisqu'il est né d'une mère qui n'a pas connu l'homme et qui n'a couché en aucune manière avec un homme." 24

En d'autres termes, l'exception produite par la conception virginale est ineffable. Nul discours humain, en tant qu'il est toujours rhétorique, ne saurait la dire adéquatement.

Mais est-ce vraiment exception? La psychanalyse nous invite plutôt à penser l'absence de rapport à l'Autre sexe come règle indépassable de la sexuation humaine, selon la formule que martèle Lacan dans le Séminaire XX: "Il n'y a pas de rapport sexuel."

En ce cas, le christianisme, loin d'énoncer dans la conception virginale ce qui échappe à la loi commune, dirait bien plutôt le vrai sur la sexuation humaine. Et c'est cette vérité que rencontre Guillaume IX, lorsqu'il entreprend d'incarner son désir selon la figure d'une Dame qui toujours lui échappe, et avec laquelle il ne saurait entrer en rapport. Par son exemplarité, le poème du dreyt nien confirme alors le discours chrétien sur la sexualité et, simultanément, le renverse en le portant au niveau de la généralité d'une loi.
Le christianisme, discours liminaire en ce qu'il incarne historiquement l'Autre, permet donc au comte de Poitiers de formuler la règle de ce qui est, aujourd'hui encore, notre désir même; en inversant la proposition chrétienne: car la chose de la pulsion n'est plus, dans la fin'amor, Dieu, mais une dame emblématique de la castration (de l'Autre), à suppléer par l'objet imaginaire qu'est la seconde dame.
Que cette révolution advienne dans et grâce à la poésie, grande de ce fait même, ne saurait étonner que ceux qui ne savent pas que "la vérité s'avère en une structure de fiction".

Alexandre Leupin
Louisiana State University

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Notes


1 Paru originellement dans Sexualité humaine, et repris dans La Musique et les Lettres, Genève Droz 1986, pp. 169-200.
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2 Dans les termes d'Imre Lakatos: "Des propositions peuvent seulement être dérivées d'autres propositions, elles ne peuvent l'être de faits: on ne peut pas prouver des jugements à partir d'expérimentations [...]. C'est un point fondamental de logique élémentaire, mais que relativement peu de gens comprennent, même aujourd'hui." Histoire et méthodologie des sciences, Paris, Presses Universitaires de France 1994, p. 13.
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3 Sur le processus d'homonymisation, voir notre Fiction et incarnation, Paris, Flammarion 1993, "Introduction".
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4 Comme la noté J. Roubaud, La fleur inverse, essai sur l'art formel des troubadours, Paris, Ramsay 1986, pp. 135-137.

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5 Paris, Gallimard 1962, p. 171 (note ajoutée en 1910 à l'édition allemande). Voir les remarques de Lacan, Séminaire VII, Paris, Le Seuil 1986, p. 117-118, 177-183.
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6 Ed. Jeanroy, Les Chansons de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, Paris, Champion 1964.

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7 1. Quelle est la matière de l'oeuvre? 2. Quelle est l'intention de l'auteur? 3. Quelle la cause du but? 4. Dans quelle partie de la philosophie peut-on ranger l'oeuvre?.
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8 Strophe supprimée pour des raisons impressionistes dans l'édition Jeanroy, alors qu'elle s'insère parfaitement dans la structure du dire proféré par Guillaume IX.

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9 La belle interprétation de Jean-Charles Huchet, L'amour discourtois, Toulouse, Privat 1987, pp. 59-106, tout à fait au centre du problème, est cependant tronquée de la Dame imaginaire.

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10 Edition Walter T. Pattison, Chanson XXVIII, The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d'Orange, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1952.

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11 Chanson XXIV, même édition.

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12 Op.cit., p. 40.

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13 Ecrit Etienne Gilson en le citant, La philosophie au Moyen Age, Paris, Payot, 1962, p. 196.

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14 Fût-elle le non-sens du désir. Frédégise anticipe ici une interprétation psychanalytique qui fournit la clé de l'énigme (voir plus bas).
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15 Nous verrons que ce n'est nullement un hasard si Saint Augustin décrit là ce qui pour les modernes prendra le nom d'inconscient.
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16 Confessions, XII, vii, 7. Ce raisonnement est loin d'être un "cercle vicieux", comme le croit Labriolle.

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17 Voir l'analyse d'Alexandre Koyré, L'idée de Dieu dans la philosophie de Saint Anselme, Paris, Vrin, 1984, pp. 156-157.
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18 L'énigme de la Disputatio Pippini cum Albino, peut donc aussi bien comporter la réponse "Dieu".

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19 Gilson, op.cit., p. 132; voir le livre XII des Confessions.

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20 Voir les remarques de J. Lacan:

 

"Une évolution qui s'oblige à déduire d'un processus continu le mouvement ascendant qui aboutit au sommet de la conscience et de la pensée, implique forcément que cette conscience et cette pensée étaient à l'origine. C'est seulement dans la perspective d'un commencement absolu, qui marque l'origination de la chaîne signifiante comme un ordre distinct [...] que nous ne trouvons pas impliquer perpétuellement l'être dans l'étant, implication qui est au fond de la pensée évolutionniste. [...].
La production est un domaine original, un domaine de création ex nihilo, pour autant qu'il introduit dans le monde naturel l'organisation du signifiant."

Le séminaire VII, L'éthique de la psychanalyse, Paris, Le Seuil 1986, pp. 252-3. La place nous manque ici pour présenter une lecture détaillée de la Genèse comme ce qu'elle est: récit de création du langage et tentative de combler le non-rapport à l'Autre sexe par un recours à Dieu.

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21 Voir Gershom Scholem, Le nom et les symboles de Dieu dans la mystique juive, Paris, Cerf 1983.

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22 Kallah Rabbati, Chapitre 1; cité dans The Rabbi's Guide, p. 190. Nous remercions le Rabbin Paul Caplan de son aide très précieuse.
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23 Respectivement, dans le De natura et gratia XXVI, 42 et dans les Laudes Virginis Matris, Première homélie.
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24 Opusculum contra Wolfemum Coloniensem, Nachfolger, Weimar 1972; voir le commentaire de W. Hartamnn dans sa préface et E. Gilson, op.cit., pp. 235-6.

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