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Trois nudités: Adam, le Christ, Mercure in Lendemains

("Le nu et le texte"), 51, 1988, pp. 7-15.

Deutsche Resümee


1. Feuilles de figuier et pulsion scopique

Poser l'hypothèse d'une conception spécifiquement "médiévale" de la nudité revient à cerner ce qui informe toute sa figuration, non seulement dans les sources bibliques, mais dans leur commentaire, pendant quinze siècles, par les pères de l'Eglise. 1 La prescription de la nudité se donne donc à lire dans un continuum où la distinction texte/commentaire s'efface, les gloses s'empilant les unes sur les autres dans un procès qui les définit comme structurant le texte sacré -par quoi la glose elle­même devient productrice de texte.

Il importe de rappeler, schématiquement, les règles de ce procès avant d'aborder telle problématique spécifique. L'opposition fondamentale qui guide les pères est celle, paulinienne, par laquelle la lettre manifestée et extérieure se distingue de l'intériorité de l'esprit. Or, comme l'écrivent Hétérius et Beatus dans une lettre à Hélipand, le signifiant "médiéval" doit être saisi comme corporéité: "La lettre est comme le corps de l'homme: elle est histoire." 2 Tout au long de l'exégèse patristique, la chair soutient donc le signifiant dans son incarnation historique, au prix d'un glissement analogique que souligne le comme d'Hétérius et Beatus. En corollaire, penser la nudité médiévale revient à penser le signifiant dans une double dimension de métaphore et de littéralité, c'est-à-dire toujours dans la mince épaisseur des procédures de la production textuelle. Deux corpus articulés l'un par rapport à l'autre fournissent ici le point de départ; le texte de la Genèse et l'effort obstiné d'interprétation que lui appliqua Saint Augustin, sans jamais en dépasser les trois premiers chapitres; ce commentaire s'étend sur trente-huit ans, comprend quatre traités (si l'on y inclut, comme faire se doit, les deux derniers livres des Confessions) et culmine dans le De Genesi ad litteram libri duodecim (404-414); cette oeuvre majeure montre la voie pour des siècles d'exégèse à venir, non seulement parce que le texte institue une procédure modèle de lecture (où la dimension figurative est aussi, nécessairement, impliquée), mais aussi parce que l'évêque d'Hippone, parcourant rétrospectivement son oeuvre dans les Retractationes, ne peut que constater l'inachèvement de son entreprise et appeler ainsi la postérité à la prolonger: "Dans cette oeuvre, il y a plus de questions soulevées que de réponses trouvées, et, parmi ces réponses, peu sont établies avec certitude. Les réponses incer­taines ont été proposées en vue d'un futur examen." 3

Rappelons que, pour Saint Augustin, la vue fait synesthésie pour toute perception, et qu'elle est donc à l'origine du procès connaissant; mais elle est aussi la métaphore maîtresse qui structure le savoir poursuivi en vue de lui-même (ce qu'il appelle curiositas) et le sens dominant auquel se rapportent toutes les concupiscences de la chair; et ceci, non en vertu d'une hypothèse scientifique de la perception, mais par un lapsus de la langue, devenu usuel, qui détermine un savoir caché sur l'être du regard: "Voir est, en effet, la tâche propre des yeux. Mais nous nous servons de ce mot, même à propos des autres sens, quand nous les appliquons à la connaissance. Nous ne disons pas: "Ecoute comme cela étincelle", ni: "Sens comme cela brille", ni: "Touche comme cela éclate". C'est le mot voir qui convient pour toutes ces impressions." 4

Quand la nudité de la Genèse surgit dans le De Genesi ad litteram, elle suscite très régulièrement une discussion de son sens: faut-il la prendre par le biais de la lettre ou par celui du sens spirituel? La vision du corps nu est donc toujours solidaire d'un problème d'interprétation qui est au coeur de la tentative augustinienne; elle fonctionne comme métaphore de son propre geste herméneutique. Augustin s'intéresse d'abord à la nudité paradisiaque, ainsi décrite par le texte latin qu'il avait sous la main; "Et erant ambo nudi Adam et mulier eius et non pudebat illos -Adam et son épouse étaient tous deux nus et ils n'en avaient pas honte." (2, 25) Passage qui, précisément, demande une lecture figurative, parce qu'il ne fait sens qu'à partir d'elle. Augustin défend ainsi ce commentaire qui dépasse son propos de départ: "On peut s'attendre à ce que je défende le sens littéral du récit comme il est exposé par l'auteur. Mais si dans le verbe de Dieu, ou dans les paroles de quiconque appelé à jouer le rôle de prophète, quelque chose est dit qui ne peut être compris littéralement sans absurdité, il n'y a aucun doute que cela doit être pris figurativement, comme indiquant quelque chose d'autre. Il ne faut pas douter que la chose ait été dite, fait que la sûreté de l'écrivain et la promesse du commentateur exigent." 5

La nudité d'innocence n'a pas de sens propre comme telle. C'est d'abord parce qu'elle est invisible: "Ainsi, ils étaient tous les deux nus. Il est donc vrai que les corps des êtres humains qui vivaient au Paradis étaient complètement nus. Et ils n'en avaient point honte. Pourquoi auraient-ils eu honte, puisqu'ils ne percevaient pas dans leurs membres une loi en guerre avec la loi de leur esprit (Rom., 7, 23)? La loi fut plutôt la punition du péché, infligée après leur transgression, quand la désobéissance viola le commandement et la justice sanctionna l'acte. Mais, avant que cela n'arrive, ils étaient nus, comme cela a été dit, et ils n'étaient point honteux. Ils n'avaient nulle expérience d'un mouvement de la chair dont ils auraient dû avoir honte. Ils ne pensaient pas que quelque chose dût être couvert, parce qu'ils ne saisissaient pas que quoi que ce soit dût être caché." 6

Avant la Chute, il n'y a nulle nécessité de voiler les sexes; ce n'est qu'après-coup que le "mouvement de la chair" devient signifiant du phallus comme répondant du désir des deux côtés de la ligne de partage sexuelle. Saint Augustin n'est pas sans lier cette invisibilité à une prescription qui relève, quant à elle, de la langue et de son rapport à la loi. En effet, le langage grâce auquel Adam et Dieu communiquaient au Paradis est hors de notre compréhension humaine, ineffabilis: "Si Adam était dans une disposition telle qu'il pût comprendre la parole de Dieu qu'il manifeste aux esprits angéliques par sa propre substance, on ne saurait douter que Dieu émut l'esprit d'Adam dans le temps d'une manière mystérieuse et incompréhensible, sans qu'il fût lui-même soumis au temps, et qu'il imprima dans l'esprit d'Adam un précepte utile et salutaire de Vérité, révélant par la même Vérité, d'une manière infigurable, la punition qui attendait le transgresseur." 7

Le langage paradisiaque, bien qu'il soit loi, est donc absolument propre parce qu'il n'a pas de matérialité. Il en découle que la sexualité d'avant la Chute est épurée de la passion du signifiant, de la corporéité captatrice de la lettre; Saint Augustin fait ainsi l'impasse sur l'absence de rapport sexuel en la posant comme origine et finalité de l'histoire humaine: "Pourquoi donc faudrait-il tenir pour incroyable le fait que Dieu créa les corps des premiers êtres humains d'une manière telle que, s'ils n'avaient pas péché et n'avaient pas contracté immédiatement une maladie qui les mènerait à la mort, ils auraient mu les membres qui servent à la génération de la même manière que l'on ordonne à ses pieds de marcher, de telle sorte que la conception se passerait sans passion et la naissance sans douleur?" 8

La nudité première n'est donc figure que parce que Moïse, qu'Augustin tient pour l'écrivain de la Genèse, est lui-même pris dans la passion du signifiant, du corps et de l'histoire -c'est-à-dire dans le débat entre la lettre et l'esprit; l'innocence ne consiste spirituellement que par rétrospection: en tant que telle, elle ne saurait être qu'un vide, puisque, avant la Chute, nulle langue ne permet de penser la nudité originelle, de la prendre dans le clivage entre sens littéral et sens figuré.

Il en découle que, pour Saint Augustin, il n'y a pas de nature de la nudité; son concept ne peut émerger que de la Chute, c'est-à-dire de l'histoire ou, plus spécifiquement encore, de la culture -liée ici, par un trait de génie, à une culpabilité fondamentale. La nudité (corporelle, visible, signifiante) ne commence à exister que lorsqu'elle regarde, comme un signe, un pudendum qu'il ne faut pas voir, la langue historique comme constitutive de l'oeil de la loi.

C'est en effet sur le thème de l'oeil omniscient et panoptique que se centre l'attention d'Augustin. Manger le fruit défendu a rendu l'homme égal aux Dieux (comme le souligne le serpent et Dieu lui-même). 9 La nudité devient donc symptôme du savoir absolu; il y a simultanéité entre procès de la connaissance, regard et voilement de l'obscène et perte de l'innocence sans phrases: "Aperti sunt oculi amborum et agnoverunt quia nudi erant et consuerunt folia fici et fecerunt sibi campestria -Leurs yeux s'ouvrirent et ils reconnurent qu'ils étaient nus et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et se firent des caleçons (campestria)." (3, 7)

Une fois encore, comme c'était le cas pour la nudité d'innocence, tout se joue pour Augustin dans l'espace d'une interprétation littérale et figurative du scopique; impossible, en effet, d'entendre le Et aperti sunt oculi amborum à la lettre. Adam et Eve voyaient avant que leur regard ne s'ouvre -mais que voyaient-ils? L'indicible de la contemplation angélique, le Souverain Bien de l'innocence. Le passage doit être tenu pour vrai, mais figurativement; il doit être scotomisé par le commentaire, extrait d'un contexte qui, lui, est littéral: "L'Ecriture a utilisé un mot dans un sens figuré en parlant "d'yeux ouverts", alors qu'ils étaient déjà, littéralement, ouverts, ce qui veut dire qu'ils furent ouverts pour voir et reconnaître ce qu'ils n'avaient pas remarqué avant." 10

La lettre (l'oeil de la chair) fait donc point de jonction entre le littéral et le spirituel; tout se rassemble à partir de ce clin d'oeil très bref: le désir du corps et de la lettre, la mort, la connaissance et la faute: "Ainsi, ils mangèrent, et les yeux des deux s'ouvrirent. S'ouvrirent à quoi, sinon à la concupiscence de l'un pour l'autre en punition du péché, né de la mort de la chair? Leurs corps, en conséquence, n'étaient plus des corps naturels capables d'être transformés, sans mourir, en une condition spirituelle supérieure, comme cela aurait été le cas s'ils avaient obéi, mais des corps de mort dans lesquels la loi des membres était en guerre avec la loi de l'esprit (Rom., 723)." 11

Manger du fruit de l'arbre de la connaissance équivaut donc non seulement à inventer, au sens étymologique du terme, la division corps/âme, mais aussi à rendre possible, presque dès l'origine, le principe interprétatif du texte sacré, en tant que celui-ci repose précisément sur le "La lettre tue, l'esprit vivifie" de Saint Paul. A partir de la chute, le corps est saisi comme captation du regard, matérialité historique, nécessaire à la manifestation du sens, mais qu'il s'agit de dépasser pour atteindre le spirituel. En ce sens, la nudité, la superficie de la peau n'est qu'un sac: un signifiant qui n'a de valeur que par ce qu'il enclôt spirituellement, et non, pour les Pères, une matière ayant une valeur pour soi -Saint Jérôme ne le voit, matériellement, que comme le contenant de viscères répugnantes. Notons entre parenthèses que, dès que la Genèse mentionne l'ouverture, le réveil de la division, l'innocence antérieure recule: l'oeil aveugle (ou spirituel: qui voit l'essence immatérielle de son Créateur) de la contemplation béatifique est dédoublé, avant même la consommation du fruit défendu, par une pulsion scopique qui est le symptôme de la volonté rebelle de la créature; c'est parce que l'arbre interdit est beau à voir qu'Eve, en partie, cède à la tentation: "Alors Le serpent dit à la femme: Tu ne mourras pas de la mort. Car Dieu savait que, le jour où vous en mangeriez, vos yeux s'ouvriraient, et vous seriez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Comment ces mots auraient-ils pu persuader la femme que c'était une chose bonne et utile que celle qui avait été défendue par Dieu, s'il n'y avait pas eu dans son coeur, déjà, un amour de sa propre indépendance et une fière présomption de soi, à travers laquelle cette tentation était destinée à se trouver et à s'accomplir? Enfin, insatisfaite des mots du serpent, elle regarda aussi l'arbre et vit qu'il était bon pour la nourriture et délectable à voir; et, comme elle ne croyait pas qu'en manger pouvait entraîner sa mort, je pense qu'elle crut que Dieu avait utilisé un langage figuratif quand il avait dit "Si tu en manges, tu mourras." 12

On le voit, à la pulsion scopique qui recule le regard d'innocence dans un passé inatteignable correspond trait pour trait une erreur d'interprétation, où Eve outre­passe la littéralité du commandement. C'est préfigurer, déjà, toutes les divisions du corps, de la lettre et de l'esprit.

Il s'agit donc de recouvrir tout cela par des campestria; "premier" tissage textuel, qui ne masque rien (car le texte biblique, d'une certaine manière, nous a déjà fait tout "voir", sans s'embarrasser de faux-fuyants); tout voir, sauf ceci, que son propre tissage d'écriture précède et informe le récit cousant ensemble les feuilles de figuier; la contexture du textus le plus originaire a donc à faire, lui aussi, avec une opération de voile langagier que son contenu dénie: ce qui signifie en sous-main qu'il n'y pas de texte sans voilement de l'obscénité mortelle qui le précède.

L'innocence paradisiaque, qui n'est autre que l'union adéquate de la lettre et de l'esprit, reste pour Saint-Augustin une donnée indépassable; cependant, le lien inévitable entre couverture tissuelle (et donc culture, écriture, etc.) et regard connaissant sur le discrimen ne lui échappe pas; pour lui aussi, l'écriture/tissage commence dans la honte de la nudité: "Quand Adam et Eve eurent perdu leur état privilégié, leurs corps furent soumis à la maladie et à la mort, comme les corps des animaux, et, en conséquence, sujets au même désir de copuler qui existe chez les animaux et de pourvoir ainsi au remplacement des morts par leur descendance. Néanmoins, même dans sa punition, l'âme rationnelle donna un signe de sa noblesse innée quand elle rougit à cause du mouvement animal des membres de son corps et quand elle provoqua un sentiment de honte, non seulement parce qu'elle sentit quelque chose là où il n'y avait eu aucun sentiment auparavant, mais encore parce que ce mouvement dont elle avait honte venait de la violation du commandement divin. Par là, l'homme compris avec quelle grâce il avait été revêtu avant, quand il ne ressentait rien de honteux dans sa nudité. [...] Enfin, dans ce trouble, ils se hâtèrent de cueillir des feuilles de figuier, ils cousirent des caleçons et, comme ils avaient perdu ce qui était à leur gloire, ils cachèrent ce qui était pour leur honte." 13

Ce tissage purement humain, où l'artefact vient constituer la honte et la masquer tout à la fois, est redoublé et rédimé, dans la Genèse, par les vêtements de peau que Dieu donne aux pêcheurs avant de les chasser du Paradis. Ces tuniques sont, dans les Confessions 14, symbole de l'Ecriture; c'est dire qu'elles recouvrent les campestria et se substituent à eux comme promesse de rachat.

La nudité coupable de la Genèse vaut donc pour le discrimen, la langue (en tant que structurant l'oeil de la connaissance), la honte, la division et la mort, et le tissage textuel qui vient recouvrir, c'est-à-dire constituer tout cela. C'est dire que, tout au long du Moyen Age, la nudité des Pudenda et la complaisance à les voir sera saisie comme méconnaissance, captation par la corporéité de la lettre: jusqu'au moment où l'Incarnation réaménage entièrement le rapport au corps. D'où la nécessité d'un voile pour les mortels, qui n'est pas là seulement pour éviter l'offuscation de l'obscène, mais pour toujours rappeler qu'à partir des corps nus de l'homme et de la femme, un travail de lecture outrepassant la peau est à faire. Cette métaphysique aléthique (qui s'accorde bien au néo-platonisme augustinien) vise à séparer radicalement le découvrement de la vérité d'une érotique et d'une esthétique; en d'autres termes, le regard théologique s'impose la prescription éthique d'un dédoublement: il y aura deux visions, l'une captivée par la lettre, l'autre (mais elle ne se distingue que par décret de la première) dépassant la corporéité pour atteindre au spirituel. Dans une perspective analytique, l'enjeu de ce clivage de l'oeil serait de forclore le phallus (désigné dans le "mouvement honteux de la concupiscence") comme signifiant-maître, pour lui substituer un rapport sexuel qui ne procède que du signifiant ineffable de la nudité paradisiaque.

2. D'un scandale heureux

C'est dans ce cadre conceptuel qu'il faut place l'ivresse de Noé: "Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne. Il but du vin, s'enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères. Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père. Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet. Et il dit: Maudit soit Canaan! Qu'il soit l'esclave de ses frères! Il dit encore: Béni soit l'Eternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave! Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave!" 15

Ce qui est maudit par le texte biblique, ce n'est ni l'ivresse, ni l'exhibition du patriarche, mais le regard de curiositas que porte Cham sur le sexe du père; il est clair que l'interdit scopique prononcé par le début de la Genèse pèse ici de tout son poids.

Les ressources de la méthode traditionnelle de l'exégèse sont infinies: il s'est trouvé, au XIIe siècle, un Hermann, abbé de Tournai, pour développer l'interprétation de Saint Augustin 16, selon laquelle la dénudation de Noé préfigurait la passion du Christ; lecture hardie, où la lettre de l'Ancien Testament se trouve dotée d'un esprit surprenant, mais qui reste conforme à la méthode interprétative des Pères. Voici le texte de ce symptomatologue de haute volée:


"Comment Noé nu aura préfiguré la passion du Christ. Donc, enivré par le vin, c'est-à-dire brûlant pour nous d'une surabondance d'amour, le Christ a été dénudé dans son tabernacle, c'est-à-dire dans ce peuple juif qui devait être en toute justice son tabernacle et sa maison; il a été déshonoré et conspué par ce peuple juif, et même littéralement (le texte dit corporaliter) dépouillé de ces vêtements par les soldats de Pilate, et il a été suspendu, nu, à la Croix. Cham, le fils cadet de Noé, qui railla la nudité de son père, signifie le peuple incrédule, c'est-à-dire ceux qui, voyant le Christ nu sur la croix, se moquèrent de lui et, hochant la tête, disaient: Il a salué les autres, et il ne peut se saluer Iui-même (Marc 15, 31). Sem et Japhet, les fils aînés, signifient en vérité les prophètes et les apôtres qui, le voyant nu (soit dans l'esprit de la prophétie, soit dans leur corps d'apôtres), ne le méprisèrent point, mais l'honorèrent." 17

Le geste même de l'exégète (soulever le voile de la lettre de l'Ancien Testament pour exposer la vérité enclose dans le Nouveau) est mimé par le contenu de son discours; la métaphore de dénudation vaut, dans tous les sens, pour vérité. Et il ne fait nul doute que cette vérité fasse scandale, en posant la question de sa représentation: la livrer à l'oeil de l'homme (comme le firent les artistes de la Renaissance) est un geste à la fois théologiquement juste, mais toujours susceptible d'arrêter le regard à la surface de la peau. 18 Cependant, la nudité christique ne peut être confondue avec celle de l'homme de la Chute ou celle de Noé: elle doit être envisagée comme "tabernacle" adéquat de l'esprit, donnant au corps son véritable sens.

Il faut relever aussi le geste des Apôtres, analogue à celui de Sem et Japhet: ils revêtent le Corps nu d'une écriture testatrice qui, loin de le masquer, le définit adéquatement. Le Nouveau Testament, bien que "vêture", ne saurait donc être assimilé aux voiles de la fiction, puisqu'il reconduit toujours à une nudité/vérité réelle. Cette lettre historique et spirituelle, à la fois expérience et symbole, c'est ce contre quoi viendra buter par la suite toute fiction littéraire "médiévale", pour se l'approprier, s'en défendre ou l'effacer. Ou même toute fiction, dès lors que la littérature est conçue comme expérience: les récits de Blanchot n'en témoignent-ils pas, qui tentent d'opérer des résurrections en dehors du texte sacré? 19

A partir de l'Incarnation, la nudité de l'homme n'est donc plus seulement le signe de sa déchéance, mais aussi promesse d'une restauration de sa figure paradisiaque -de son retour à l'absence de sens (ou au sens absolu, ce qui revient au même). Mais cet espoir n'est pas sans conditions: il n'y aura pas d'épuration sans passion; le passage par la mortification de la chair rédime la honte de la Chute. C'est ce que Tertullien rappelle dans le De Cultu feminarum, au début du IIIe siècle, adressé aux nouvelles converties, mais qui édicte des principes concernant l'ensemble de la communauté chrétienne, hommes compris: "En vérité, une chrétienne sera aussi glorifiée dans sa chair, mais seulement après qu'elle a enduré la torture pour le Christ, de telle sorte que l'esprit puisse être couronné dans la chair au lieu que celle-ci attire l'oeil et les regards d'un jeune homme." 20

3. De la nécessité du voile

Le pudendum imposé aux mortels et la glorification de la nudité christique placent la littérature entre les pôles d'une alternative biblique difficile à surmonter: soit l'écrivain médiéval évoque la nudité humaine comme érotique captatrice d'une vérité littéraire, et c'est se placer sous la menace d'un interdit théologique; soit il glorifie la chair sans référence au Corps christique et se l'approprie en la substituant, en la répétant, la déplaçant, la pervertissant: geste encore plus intolérable. Dans les deux cas, et par hypothèse, la nudité "littéraire" relèverait alors d'un autre signifiant que celui de la théologie, en prétendant structurer un corps réel et vrai qui dépendît des voiles de la fiction. Il s'est trouvé, au Ve siècle, un théoricien/mythologue des sept arts libéraux pour relever le défi de la prescription biblique: Martianus Cappella, dans Les noces de Mercure et Philologie 21, entend marier l'éloquence (Mercure) et le savoir absolu (Philologie) au sens médiéval du terme, c'est-à-dire comme polymathie qui est en dernière instance rassemblée par la grammaire et la rhétorique: les lois de la lettre, au Moyen Age, font l'Un de toute science. 22 Cependant, par la sexuation des deux pôles du discours (la féminité de la sagesse, la masculinité de la suasion séduisante qui permet la transmission du sens, sa transmutation dans le vif argent mercurien) quelque chose se glisse dans le discours de Martianus qui relève d'une autre sphère que celle du discours et qui a tout à faire avec une certaine nudité. Car, en Mercure, c'est la circulation métonymique du désir phallique qui est emblématisée, masquée/révélée par une rhétorique de la description que Martianus utilise tout à fait consciemment, comme nous le verrons plus loin: "Sa mère (la nymphe Maïa, qui l'a conçu de Jupiter) était en souci pour lui, surtout parce que son corps, grâce à l'exercice de la lutte et des constantes courses, brillait de force masculine et avait les muscles d'une jeunesse parfaitement déve­loppée. Arborant déjà les premiers poils de barbe aux joues, il ne pouvait continuer àcirculer à moitié nu, vêtu seulement d'une courte cape qui couvrait ses épaules seules -cette vision excitait les rires de la Cyprienne (Vénus). Obéissant à un plan rationnel, (Mercure) décida donc de bannir le célibat."23

La face cachée de la rhétorique de la transmission, le sens du message et du messager est donc celui d'une exhibition phallique qu'il s'agit de recouvrir par un mariage avec la sapience, sans que celle-ci, nous le verrons, maîtrise entièrement la dimension du désir; soulignons que la monstration obscène n'est pas étrangère aux représenta­tions mythologiques du Dieu. 24 Les prolégomènes à ses noces l'attestent aussi, qui ne sont qu'une course du prétendant enflammé à la recherche d'une épouse qui calmera sa bougeotte, l'assagira par sa sapience et par la jouissance maritale comme épuisement de la dynamis du désir; malheureusement, les diverses candidates sont toutes déjà mariées, sauf une vierge mortelle, Philologie. Lorsque le mariage est proposé au conseil des Dieux, Junon, déesse du lien matrimonial, l'approuve parce qu'il contraindra les ardeurs du jeune homme: "Elle poussa à ce que l'union ait lieu rapidement, avant que le Cyllénien (Mercure), séduit et enflammé par la Cyprienne (Vénus), soit contraint d'engendrer un frère à Hermaphrodite." 25

Mais Jupiter entend retarder quelque peu les épousailles, étant donné l'effet de raffinement que produit le désir sur Mercure, qui, par amour, devient excellent rhéteur, musicien, peintre et sculpteur; le père du Dieu messager craint que ce zèle ne disparaisse dans les langueurs de la jouissance maritale -c'est donc bien le désir qui est à l'origine des arts; plus secrètement, Jupiter redoute que son fils ne puisse plus être le facteur de ses propres désirs polygames. Junon rétorque alors que Philologie ne laissera pas Mercure s'alanguir: n'est-elle pas l'emblème même d'un travail forcené, qui la fait veiller la nuit, et qui teint sa face de la pâleur louable des érudits?  26 L'union représente donc la tentative d'accorder le principe migrateur du désir (lié par Martianus, avec une prodigieuse sûreté, aux séductions de la rhétorique) à la sagesse, sans que ni l'un ni l'autre n'y perdent leur force: les Noces tentent de résoudre l'antinomie de la science et du désir, sans que ce dernier passe par une sublimation.

En effet, le motif du mariage n'a rien à voir, ici, avec le sacrement de l'église catholique; la vêture de sapience qu'il métaphorise n'est pas voilement du "mouvement honteux de la chair", mais prolongement et relance de la circulation mercurienne du désir; en d'autres termes (analytiques), le voile est, contre la prescription biblique, indice du phallus manquant. Philologie, dans sa virginale robe de noces, devient le masque rationnel d'un secret désirant dont la chlamyde trop courte du célibataire Mercure opère la démonstration (ces deux pôles du discours ont tout à faire avec le statut énonciatif de Capella lui-même, dont le cognomen -petite chèvre -le range du côté capriciosus d'un désir féminisé, alors que son prénom l'inscrit dans la sphère masculine du dieu de la guerre).

Lorsqu'il veut quitter le mode d'exposition mythologique pour exposer rationnellement les principes des sept arts libéraux, sa Muse, Camena (dont le nom, pris au figuré, désigne le poème lui-même 27 le reprend; je traduis intégralement le passage, vu son importance stratégique:

"Une fois encore, dans ce petit livre, la Muse prépare ses ornements et veut en premier proposer des fictions drapées, car elle se rappelle que l'utilité ne peut revêtir la froide vérité; elle tient pour un défaut du poète que de pré­senter directement des certitudes, et elle décore une page déjà richement colorée de badineries (Iascivia). Je rétorque: "Mais, à la fin du livre précédent, il est dit que les mythes ont été mis de côté, et que les préceptes des livres qui vont suivre seront l'oeuvre des Arts qui disent la vérité!" Riant et se moquant, elle dit: "Ne mentons pas, et cependant que les Arts soient vêtus. Assurément, tu ne veux pas donner au couple des époux la troupe des soeurs (= des arts, féminins en latin) toute nue? Elles ne peu­vent se présenter ainsi devant le sénat de Jupiter tonnant et des dieux. S'il faut garder le silence sur le costume (cultus), quelle sera l'ordonnance de la cérémonie?" -"Laissons-les dire tout ce qu'elles ont à enseigner, et qu'elles se suivent dans le costume d'un dire incorporel (asomato in profatu)." -"Quel mensonge! et tu ne tiens ta promesse; pourquoi n'admets-tu donc pas que rien ne peut être dit sans avoir recours à la figure de la fiction?" Par ces mots, Camena l'emporte sur moi. Elle ajouta: "T'enfuis­tu?" -"Non, je me mêle au jeu!" 28

Tout, dans ce passage, mériterait commentaire; contentons-nous d'indiquer que, même lorsqu'il s'agit d'exposer les principes de la science médiévale (le septennium en tant que champ de la vérité mesuré à l'aune du savoir), il n'est pas possible de la faire sans recours à une fiction mythologique qui va de fait déterminer les sept livres suivants. La vérité ne saurait être nue: elle doit, pour se présenter, se draper nécessairement dans un figmen discursif. Il faut souligner que, pour la clairvoyante Muse, cette vêture n'empêche nullement le vrai de s'exposer; au contraire, elle en est la condition: "Ne mentons pas, dit-elle, et cependant que les Artes soient vêtus". Nous sommes ici à l'opposé d'une théologie qui réfère tout discours à la nudité de la Résurrection, et pour lequel les arts sont un mal nécessaire, qu'il ne faut pratiquer qu'en tant qu'ils permettent d'accéder au mystère de l'Ecriture. Il en va de même pour la fiction littéraire, dont Saint Augustin fixe le statut dans les Confessions, pour les siècles à venir: si elle s'avoue comme telle, elle ne présente aucun danger, car elle a alors indiqué son dérisoire, et peut servir d'exercice à l'écolier, même chrétien; cependant, lorsque, par le pathos de l'identification aristotélicienne, elle demande à être crue, alors, Augustin la condamne avec une fougueuse radicalité. 29 On le voit, Martianus -dont il nous est impossible de dire s'il était païen ou chrétien -se place tout à fait en dehors de la tradition ecclésiale, en postulant que "le vrai (celui de la science, de la littérature et du désir tout ensemble) s'avère dans une structure de fiction", et que la nudité ne se/nous regarde qu'obliquement, drapée dans les mots, dans une antithèse irréconciliable avec la vision chrétienne de la Chair magnifiée. Tout ceci ferait figure d'exception dans une culture majoritairement théocentrique, si les Noces, aux côtés des traités de Cicéron, de Quintilien, de Cassiodore, d'Isidore de Séville, n'avaient point été la fondation même, dans la schola médiévale, de l'enseignement du septennium, c'est-à-dire de l'ensemble du savoir. Cette popularité est entièrement méritée par la subtilité, l'érudition et la force du livre, contrairement à l'opinion négative de nombreux et aigres commentateurs modernes; mais le discours de Martianus tranche nettement, par une inversion radicale, avec le courant majeur d'une esthétique catholique telle qu'elle est définie par Saint Augustin. Chez Martianus, la nudité n'est plus coupable, ni glorieuse, et les voiles dont elle se recouvre sont la condition même de sa vérité désirante; les Noces lui confèrent ainsi un mystère perdurant qui se soustrait, toujours, à toute logique d'une révélation.

Il faudrait encore montrer que ce renversement fut, pour les écrivains médiévaux, d'une grande portée, et que la fiction vernaculaire en porte partout les marques. Hélas, l'espace me manque pour cette démonstration, qui pourrait se nouer, à titre indicatif, autour du corps d'Enide chez Chrétien de Troyes ou du Bisclavret de Marie de France. Je n'aime point frustrer mes lecteurs, après avoir abusé de leur patience; disons que la vérification de mon hypothèse d'une "nudité médiévale", spécifique­ment littéraire et a-théologique, viendra bien un jour...



Notes

1 On en trouvera l'historique et l'esprit dans l'ouvrage monumental du père de Lubac, L'exégèse médiévale, Paris 1968, 4 volumes. A toutes fins utiles, je rappelle que l'Ancien Testament est considéré comme "l'occultation" du Nouveau (son énigme prophétique), ce dernier en étant la "manifestation" historique complète. D'où la prolifération des Concordiae Veteris et Novis Testamenti, où tout épisode de l'Ancien Testament reçoit son sens d'un passage du Nouveau. Il va de soi que cette opération exégétique, qui consiste à faire, systématiquement, d'un texte le signifiant d'un autre texte (et vice-versa) n'est pas sans conséquence pour la littérature et sa glose.

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2 Pour un plus ample commentaire, voir de Lubac, op. cit., l, II, 152-153.
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3 PL 32, col640.

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4 Conf., op. cit., X, xxv, 54.

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5 De Genesi, op. cit., XI, 1, 2.

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6 Ib., 3.
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7 Ib., VIII, 27, 50.
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8 Ib., IX, 10, 18.
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9 "Car Dieu savait que le jour où vous mangeriez du fruit défendu, vos yeux s'ouvriraient, et vous seriez comme des dieux, Voici Adam: il est devenu pareil à l'un de nous, connaissant le bien et le mal." (3, 22)
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10 De Gen., XI, 31, 41.
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11 Ib., XI, 31, 40. .

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12 Ib., XI, 30, 39. .

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13 Ib., XI, 32, 42. .

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14 XII, xv, 16.
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15 Genèse,9, 20-27. .

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16 De Civ. Dei, XVI, 2.
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17 PL 180, col 34.
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18 Voir l'essai admirable de Leo Steinberg: The Sexuality of Christ in Renaissance Art and Modern Ohlivion, in: Octoher 25, 1983, qui, dans sa justesse et son érudition, a été une source majeure de cet article.
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19 Voir ainsi Thomas dans: Thomas l'obscur et J. dans: L'arrêtde mort.
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20 De cultufem., op. cit., II, 3, 4. Voir l'article de G. Didi-Huberman: Un sang d'images, dans: La Nouvelle revue de psychanalyse, XXXII, 1985: "Car imiter le Christ, ce n'est pas dépeindre un aspect; c'est répéterunprocès." 131.
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21 Le texte a été édité par A. Dick, Teubner, Leipzig 1925; pour plus ample information, je renvoie aux traductions et aux commentaires très fouillés de Stahl, Johnson et Burge: Martianus Capella and the Seven Liberal Arts, Columbia University Press, New York 1977. Une glose, datée de 1465, sur un manuscrit du XIe siècle, nous livre la clé de la tentative: Philosophie est amor sapientiae et rationis, Mercure représente l'eloquentus luculentusque (=brillant) sermo; il ne s'agit donc de rien d'autre que d'unir de façon indissoluble le sens et la rhétorique.
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22 C'est pourquoi je me permets d'identifier ici la question de la nudité dans les Noces à un pro­blème en dernière analyse "littéraire"; comme le démontrent à l'envi les Etymolagies d'Isidore de Séville, que Martianus préfigure pour la part séculière de leur discours, la science médiévale, avant le XIIIe siècle, est une science de la lettre, qui se distingue radicalement de notre concept moderne de science. En ce sens, toute "scientificité médiévale" est teinte de littérature, doit remonter à la gramma comme à son origine.
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23 Les noces, op. cit., l, 5.
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24 "Hermès passait pour le dieu du commerce et du vol. Il guidait les voyageurs sur les routes; son image se dressait aux carrefours, sous la forme d'un pilier dont la partie supérieure était façonnée en forme de buste humain, mais qui était doté d'organes virils très apparents." P. Grimai: Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, 1963, 207. "Après son hellénisation, (Mercure) est représenté comme le messager de Jupiter, et même, plaisamment, son serviteur dans ses entreprises amoureuses (par exemple dans l'Amphitryon de Plaute, où il ne se distingue pas d'Hermès." (id., 292)
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25 Les noces, op. cit., l, 34.
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26 Ib., l, 35--37.
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27 Le couple Camena/Martianus redouble évidemment celui de Philologie/Mercure; on remar­quera que, dans les deux cas, c'est du côté d'une femme que se décident les voiles de la fiction.
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28 Les noces, op. cit., III, 221-222.
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29 Cf. Confessions, op. cit., l, xiii, 20sqq. et III, vi, 11.
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RESÜMEE:

ALEXANDRE LEUPIN, DREI NACKTHEITEN, ADAM, CHRISTUS, MERKUR stellt die Frage nach einem speziell auszumachenden mittelalterlichen Konzept der Nacktheit, wobei nicht nur auf die Quellen selbst zurückgegangen werden muß, sondern auch auf die sich über 15 Jahr-hunderte erstreckenden Kommentare der Kirchenväter. Leupin betont, daß bei Augustinus das Sehen Grundlage aller Erkenntnisprozesse ist und dadurch auch Metapher wird, was ihn dazu führt, u.a. der Darstellung der Nacktheit in der Genesis eine figurative Lektüre zu geben. Nach dem Sündenfall wird die Nacktheit -in Verbindung mit dem Sehen -Symptom des absoluten Wissens, tritt eine Teilung von Körper und Geist ein, ist eine Dichotomie literale/figurative Interpretation überhaupt erst denkbar. Leupin stellt heraus, daß das Bedecken des Körpers mit Kleidung Symbol für die Entstehung der Kultur und des Schreibens wird. Der verbotene Blick, den der jüngste Sohn Noahs auf seinen nackten Vater warf, ist eine vorausweisende Verdoppelung der Leiden Christi, was das zweite Thema der Ausführungen Leupins ist. Die Nacktheit wird zum biblischen Zeichen des Verfalls, zugleich jedoch zum Symbol des verheillenen paradiesischen Zustandes der Abwesenheit. Der dritte Punkt Leupins befaßt sich mit einem Theoretiker der sieben freien Künste aus dem 5. Jahrhundert, Martianus Capella, der in Die Hochzeit lion Merkur und Philologie die Redekunst/Lust (Merkur) mit dem absoluten Wissen/Weisheit (Philologie) vereinigen will. In diesem Werk ist die Dialektik von entblößt/bekleidet von textkonstituierender Bedeutung.

Zuruck