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La renaissance par la bande dessinée anglaise, survol sommaire
Dans les années quarante, Joe Simon et Jack Kirby créent un super héros, le Sandman, qu'ils reprennent en 1970 avec DC comics – Vertigo . Ils créent de nombreux personnages qui se retrouveront chez Neil Gaiman et d'autres : Ève, Caïn, Abel, Lucien le bibliothécaire, les hécates ou Furies. En 1989, Neil Gaiman reprend à son tour le personnage en le transformant entièrement.
Auparavant, Alan Moore avait donné un second souffle au genre des superhéros avec son Watchmen et sera l'une des influences déterminantes de Gaiman à ses débuts.
Certains personnages du Sandman de Neil Gaiman engendrent à leur tour leur propre série : Lucifer de Mike Carey (5 volumes plus fort les uns que les autres parus à ce jour), Les très belles Furies du même, John Constantine dans la série de Hellblazer, écrite d'abord par Jamie Delano, puis reprise dès le second tome par Garth Ennis et Steve Dillon, eux-mêmes auteurs des neufs volumes du fracassant Preacher.
Cette renaissance de la bande dessinée anglaise offre plusieurs caractéristiques intéressantes; les personnages (tout comme Tintin ou Spirou) sont copyrightés aussi bien que les livres eux-mêmes. Tel un topos médiéval repris et modifié par plusieurs écrivains (à la différence que, depuis Beaumarchais, les droits d'auteurs sont codifiés par la loi), ils passent d'un auteur à l'autre, et chacun lui imprime sa marque personnelle, sur le fond d'un immense canevas narratif qui ne cesse de passer de métamorphose en métamorphose. On peut comparer ce retour des personnages au processus inventé par Balzac dans la Comédie Humaine.
D'autre part, l'accent est mis sur le scénariste-écrivain, qui assure à lui seul l'unité de ton. Les dessinateurs et les coloristes varient, sans être interchangeables : c'est dire que, du point de vue graphique, et souvent dans un même volume, on sera confronté au meilleur comme au pire (couleur atroces, styles graphiques médiocres). Quel dommage que ces livres ne soient pas publiés dans le grand format cartonné connu sur le continent, comme par exemple pour les Métabarons de Jodorowski et Gimenez! Quand l'unité mystique se fait entre l'écrivain, le dessinateur et le coloriste, alors apparaissent les chefs d'œuvre. Rien à voir avec le studio Hergé, dirigé avec une poigne de fer par le maître, qui veille maniaquement à ce que le moindre détail soit en conformité avec la ligne générale qu'il a fixée.
On pourrait épiloguer longuement sur les sources et le contenu de ces œuvres : mythologies de tous les temps et contrées, tarot, magie, kabbale, alchimie, une théologie parfois incertaine chez Carey, la forte cohérence des œuvre de Gaiman et de Carey, par opposition è celle de Moore, qui est capable du meilleur (The League of Extraordinary Gentlemen en deux volumes, qui a donné naissance à un film, démoli par la critique mais à voir strictement comme un dessin animé) comme du pire, la bouillie obscurantiste et syncrétique de Promethea , où l'écrivain arrive à démolir un graphisme étonnant (d'habitude, c'est plutôt l'inverse qui se produit).
Mais je laisse ici au lecteur le plaisir de la découverte.